• Le partage des vêtements (Jn19,23-24).

    Chez saint Matthieu, le partage des vêtements se fait à l'intérieur de l'expérience de la crucifixion(Mt27,32-38). Simon de Cyrène est réquisitionné pour porter la croix de Jésus jusqu'à Golgotha (Transcription du mot araméen Goulgoltha,"lieu du crâne", en latin Calvaria (d'où"Calvaire")). Les soldats qui représentent ici toutes les forces de sécurité publique, privée et civile internes et externes y compris l'armée, la police, la gendarmerie, les corps des pompiers donneront au prisonnier Jésus une entrée prélude à sa crucifixion à savoir lui faire boire du vin mêlé de fiel que Jésus goûtera bien sûr pour refuser ensuite de le boire. " Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel; il en goûta et n'en voulut point boire"(Mt27,34). Le vin mêlé de fiel ne préfigure-t-il pas aujourd'hui l'usage du mazout,ce mélange de la bière et du coca, voire le mélange des plusieurs vins avec d'autres alcools beaucoup plus purs et forts pour obtenir un changement d'état psychique des consommateurs qui se plaisent notamment dans les drogues dures apportant un état second parfois d'illusion de complétude et de toute puissance?  

    Au coeur  de l'expérience tragique de Jésus fait prisonnier, défiguré et qui pour accéder à la réalité concrète de son exécution va être invité à goûter le vin melangé au fiel, tout en refusant de le consommer, de le boire, Jésus consume, assume, aspire et communie à l'expérience tragique de tous les drogués, de tous les alcooliques, de tous les individus, personnes, gens, peuples, populations dépendant de la drogue, de l'alcool, du tabac qui perdent la lucidité critique et sombrent dans la déchéance et la criminalisation sans ignorer le lot des malheurs qui résultent de la déshumanisation, de l'effondrement de la dignité humaine et de l'accroissement de la violence, du grand banditisme et des pratiques complexes frauduleuses liées au blanchissement d'argent, au commerce illégal des armes, à la vente illégale des stupéfiants, au commerce micro, macro et planétaire de la drogue, de l'alcool, du tabac, des armes qui échappent à la normalité, à la traçabilité, à la transparence, à l'objectivité et à la légalité publique et judiciaire. "Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé au fiel; il en goûta et n'en voulut point boire"(Mt27,34).

    Du vin mêlé de fiel? D'où vient cette pratique connue des soldats? Et pourquoi lui en donner avant son exécution? Par compassion ou par cynisme? Pour saint Matthieu, le vien mêlé de fiel était un breuvage enivrant que des femmes juives compatissantes,cf.Lc23,27s, avaient coutume d'offrir aux suppliciés pour atténuer leurs souffrances. En fait ce vin était plutôt mêlé de "myrrhe",cf. Mc 15,23, le "fiel" étant dû chez Mt à une réminiscence du Ps 69,22 ( de même que la Corr. de "vin" en "vinaigre" de la recension antiochienne), Jésus refuse ce stupéfiant qui fut annoncé par le Roi Salomon dans le Psaume 69,22:"Pour nourriture ils m'ont donné du poison, dans ma soif ils m'abreuvaient de vinaigre"(Ps69,22). // Mt 27,34,48. " Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui donnait à boire"(Mt27,48). Du vinaigre? Il s'agit d'une boisson acidulée dont usaient les soldats romains. Le geste fut sans doute compatissant,cf. Jn19,28s; les Synoptiques l'on tenu pour malveillant, Lc23,36, et l'ont décrit en des termes qui évoquent Ps69,22.

    Pour Saint Matthieu le refus de Jésus de boire le vin mêlé au fiel que lui présente les soldats tout en ayant gouté ce vin mêlé au fiel, précède instantanément son exécution, c'est-à-dire sa crucifixion. Le refus de boire le vin mêlé au fiel, bien qu'il l'ai goûté dans sa soif tragique de l'amour de Dieu et des hommes, dans sa passion de livrer sa vie pour les autres est en cohérence avec une parole de Jésus proclamée lors de l'institution de l'Eucharistie (Mt26,26-29). "Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père"(Mt26,29).//Is53,12;He12,15;Mt8,11+;Mc14,25;Mt8,11. Jusque dans sa soif tragique et jusqu'au moment de son exécution sur la Croix, Jésus assume sa responsabilité individuelle et personnelle, voire ecclésiale de ses actes de confession, d'annonce, de proclamation, de célébration et de témoignage. Jusqu'au bout du tragique de son exécution sur la Croix, Jésus est en pleine coherence totale avec lui-même, avec une parole crédible et authentique et avec le Père dans le Mystère de la Sainte Trinité et avec le monde mais en toute lucidité critique bien que défiguré. 

    En refusant de boire le vin mêlé au fiel, tout en l'ayant goûté, Jésus-Christ, défiguré, prisonnier, consideré comme un criminel de droit public est conscient d'arriver au dénouement tragique de son procès politico-judiciaire et religieux pour passer à son exécution par la crucifixion. Il réalise que sa mort est imminente et devient une question d'heure, de minutes et de secondes. Cette fin tragique d'une existence apparemment culminée en échec bien que donnée lucidement avec clairvoyance pour les autres, pour le salut des gens, du genre humain, Jésus le remémore intérieurement me semble-t-il, probablement à travers les paroles des Proverbes 31,6-7: "Procure des boissons fortes à qui va mourir, du vin à qui est rempli d'amertume qu'il boive, qu'il oublie sa misère, qu'il ne se souvienne plus de son malheur!"(Pr31,6-7). Combien des dictateurs, voir des politiques dictatoriales, staliniennes, totalitaires, colonialistes et néo-coloniales, néo-patrimoniales n'ont-ils pas à travers le monde exploités ces paroles dans la compléxité cynique de leurs systèmes, structures et institutions publiques et privées, étatiques et réligieuses, philosophiques et laïques, sociétales, culturelles, économiques, financières, boursières, entrepreneuriales, chez les pétites et moyennes entreprises, chez les indépendants, chez les non marchands et chez les marchands, dans les multinationales pour se maintenir au pouvoir, pour éliminer les adversaires et pour faire oublier la misère des peuples grâce à une stratégie idéologico-politique dangéreuse de viol des foules?

    Jésus, lui, assume la responsabilité individuelle et personnelle, voire ecclésiale de ses actes pluriels jusqu'au tragique de la crucifixion en donnant librement sa vie pour les autres, en traversant son malheur avec lucidité, responsabilité, liberté, consentement et amour sans renier le doute, le trouble et l'abîme mais en préservant jusqu'au bout sa confiance à l'égard de son Père pour accomplir sa volonté, à savoir accorder gracieusement, gratuitement le salut au monde par sa vie livrée concrètement. 

    Les actes des soldats(militaires) portant sur le partage de ses vêtements se fait après l'avoir crucifié, c'est-à-dire mis hors d'état de nuire. Des règles sont établies pour se partager ces vêtements de Jésus comme pour mettre en pratique une forme de démocratie concrète, réelle portée par les exigences de justice, d'honnêteté, de transparence et d'objectivité. Dans ce processus du partage du butin, c'est-à-dire des vêtements, la responsabilité individuelle et personnelle des soldats est déterminée par le fait de tirer au sort la part qui convient à chacun. Le butin sera partagé en quatre parts pour satisfaire chaque soldat. L'accord de tous sur le principe d'un partage des vêtements de Jésus Christ Crucifié à partir du tirage au sort marque leur responsabilité collective dans cet acte de partage. "Quand ils l'eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort" (Mt27,35). Les soldats accomplissent ainsi les prophéties du Psaume 22(21),19: "Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement"(Ps22(21), 19.//Ps69,22.

    Satisfaits du partage des vêtements de Jésus-Christ, les soldats vont veiller sur lui au pieds de la Croix pour le garder de manière à s'assurer de sa mort, de tenir à l'oeil son cadavre jusqu'à son ensevelissement en craignant que ses fanatiques, ses apôtres, ses disciples reviennent pour voler son cadavre, son corps et rependent ensuite des rumeurs qu'il serait toujours en vie, vivant et ou aurait ressuscité. Même élévé de terre sur la Croix, crucifié, exécuté, sans défense, Jésus-Christ, mort sur la Croix reste à cet instant un criminel exécuté pouvant entraîner toujours auprès de ses amis, de ses fanatiques, de ses apôtres, de ses disciples, de ses sympathisants une insécurité bouleversante au regard de l'ordre social et public et de l'exercice du pouvoir temporel. Le Crucifié, défiguré, élevé de terre, suspendu au bois de la Croix, sans défense, exécuté et mort demeure un casse tête pour l'ordre public, pour la conquête, l'exercice, la célébration, les inaugurations et la conservation du pouvoir public temporel et du pouvoir religieux juif. Raison pour laquelle les services publics de sécurité et globalement les services de sécurité publique, privée et civile représentés ici par les soldats devraient redoubler de vigilance pour assurer la sécurité dans l'espace de la crucifixion pour mieux sécuriser Jésus-Christ, Crucifié, exécuté sur la Croix. "Puis s'étant assis, ils restaient là à le garder"(Mt27,36).

    Jésus crucifié, elevé de terre et suspendu au bois de la Croix, sans défense, comme criminel, exécuté et mort sur la Croix rassemble au bois de la Croix toutes les croix du service de sécurité privée, publique, civile et de tous les corps de sécurité publique et civile: l'armée, la police, la gendarmerie, les pompiers, les gardiens de la paix et de la justice, la surêté intérieure et extérieure au niveau local, régional, communautaire, national, supra-national, européen, au niveau des Nations-Unies, du Conseil de Sécurité, au niveau mondial et planétaire. Jésus- Christ pour la croix de toutes personnes, structures, systèmes, institutions privés et publics qui travaillent au service de l'unité, de la paix, de la justice, de la sécurité des biens et des personnes, de la démocratie réelle et ou idéale, voire réaliste et pragmatique, du bien commun temporel et spirituel et de la dignité humaine dans une société porteuse d'avenir et du bien être de tous et de chacun, capable de léguer aux générations futures l'exercice complexe de la décision privée et publique pour un monde meilleur et une société nouvelle promoteur des principes, des valeurs et de regard méta-physique, méta-éthique et théologique planétaire qui espère l'homme, la Création, l'histoire et l'eschatologie, l'avenir de la réconciliation au sein de l'ALPHA et de l'OMEGA, Jésus-Christ.

    Dans la pericope de Mc 15,23-27, Saint Marc parle du vin parfumé de myrrhe donné à Jésus par les soldats mais qu'il ne prit pas avant que celui-ci soit crucifié. Après la crucifixion les soldats se partagent les vêtements de Jésus-Christ en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun.(Ps22,19). Saint Marc précise l'heure de la crucifixion de Jésus à trois heure, ou à la troisième heure. Que veut dire troisième heure? Neuf heures du matin ou, plus largement, le temps entre neuf heures du matin et midi. Dans la pericope Lc23,33-34, Saint Luc précise que la crucifixion de Jésus-Christ a lieu dès l'arrivée au lieu appelé Crâne, où Jésus fut crucifié avec deux autres malfaiteurs, l'un à droite et l'autre à gauche. Saint Luc précise que sur la Croix, Jésus prie le Père pour qu'il pardonne ses bourreaux qui ne se rendent pas compte de ce qu'ils font et qui ne perçoivent pas sa vraie nature divine, son identité réelle au point de le considérer comme un malfaiteur parmi tant d'autres. "Et Jésus disait:"Père, pardonne-leur: ils ne savent ce qu'ils font" Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort"(Lc23,34).

    Pardonner à cause de l'ignorance? Ces mots de Jésus rappellent Is53,12, la même appréciation des causes de sa mort, reviendra Ac3,17;13,27;1C02,8. Etienne priera dans le même esprit, Ac7,60, suivant l'exemple laissé par le Maître à tous ses disciples,1P2,23;cf.Mt18,21-22+. Elevé de terre sur la Croix, Crucifié, défiguré, sans défense, humilié, consideré comme un criminel au rang des criminels, depouillé de ses vêtements, conscient de l'imminence de son exécution, Jésus prie le Père pour qu'il pardonne ses bourreaux mais aussi les chefs des grands prêtres Juifs, le peuple juif, le procurateur romain Pilate, les romains, même ses apôtres, ses disciples, l'humanité entière, l'Eglise, la société et le monde pour toutes les fois où l'aveuglement, l'ignorance, l'orgueil, l'exclusivité cynique de la recherche de l'intérêt personnel et du bien-être matériel individuel ne permettent pas de contempler le Mystère de Jésus-Christ dans le visage de l'homme d'hier, d'aujourd'hui et de demain, défiguré à cause de la haine, de la jalousie, de la sorcellerie, de la violence, de l'injustice, du mensonge et de l'abus du pouvoir. La crucifixion est toujours d'actualité dans le visage de l'homme, des peuples, de la Création, de l'histoire, de l'avenir et de l'eschatologie, victimes de l'oubli, de l'indifférence, du désenchantement, de la désarticulation, de la deconstruction, de l'effondrement et de la perdition.

    L'expérience tragique du pardon et de la réconciliation est l'attestation de la traversée lucide du tragique de la crucifixion pour célébrer la qualité de la responsabilité individuelle et personnelle, voire ecclésiale et publique, collective aspirées par le regard de foi, d'espérance et d'amour en Jésus-Christ, Crucifié, Mort et Ressuscité. Elevé de terre et Crucifié sur la Croix, le pardon de Jésus-Christ demandé au Père irradie l'energie planétaire concrète, historique de la tendresse du Père dans la communion au Mystère de la Sainte Trinité et dans la circulation de l'amour du Père et du Fils dans l'Esprit Saint  à travers la médiation d'une triple cohérence cosmique, historique et eschatologique de la Révelation pour le pardon des péchés, la conversion et la réconciliation avec Dieu , avec les hommes et avec la Création toute entière.

    En disant sur la Croix sa prière de demande au Père quelques instants avant d'être exécuté:"Et Jésus disait:"Père, pardonne-leur: ils ne savent ce qu'ils font"(Lc23,34), Jésus-Christ montre l'exemple concrèt à Pierre à propos du Pardon des offenses (Mt18,21-22); Lc17,4;Mt6,12;Lc23,34;Gn4,24). A l'exemple de Dieu et de Jésus, Lc23,34+, et comme le faisaient déjà entre eux les Israélites, Lv19,18-19; cf.Ex21,25+, les chrétiens doivent se pardonner mutuellement,5,39;6,12p (cf.7,2); 2Cà2,7;Ep4,32;Col3,13, mais " le prochain" s'étend à tout homme, y compris ceux à qui il faut rendre le bien pour le mal,5,44-45;Rm12,17-21; 1Th5,15; 1P3,9;cf. Ex21,25+;Ps5,11+. Ainsi l'amour couvre une multitude de péchés, Pr10,12 cité par Jc5,20; 1P4,8. "C'est ainsi que vous traitera aussi mon Père Céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du coeur" (Mt18,35); Mt5,26; Mt6,12,14s; Lc23,34.

    Sur la Croix, Jésus-Christ crucifié, défiguré, oublié par tous est passionné de tous et prie le Père pour qu'il accorde son pardon, sa réconciliation à tous au moment où il va assumer pleinement son exécution. La prière du Pardon et de la réconciliation ( le sacrement du pardon et de la réconciliation) entre le Ciel et la Terre, entre la transcendance et l'immanence, entre la verticalité et l'horizontalité, entre l'intériorité et l'extériorité est le couronnement concret de la vie donnée pour les autres de manière lucide, clairvoyante, responsable et passionné. Pardon et réconciliation christique, ecclésiales et chrétiennes, voire simplement humaine, sociétale et culturelle constituent sur la Croix la proclamation, l'annonce, la confession, la célébration et le témoignage de la foi, de l'espérance et de l'amour enracinées concrètement dans les paroles et gestes de l'institution eucharistique: "Ceci est mon Corps, livré pour vous"; "Ceci est mon sang, versé pour vous";"Faites ceci en mémoire de Moi". Le mémorial eucharistique devient sur la Croix proclamation, annonce, confession, célébration et témoignage du Pardon et de la Réconciliation divine ( du sacrement de la réconciliation) pour l'unité et la paix, la vie pleine, la joie complète au sein de la Création ( Révélation Cosmique), de l'Histoire des hommes, des peuples, du monde et des sociétés (Révelation Historique) et de l'espérance pour l'avenir  reconcilié dans le Christ ( Révelation Eschatologique).

    Dans la péricope de Jn19,23-24, Saint Jean précise que le partage des vêtements de Jésus-Christ intervient après sa crucifixion. Les vêtements de Jésus sont partagés en quatre part, ce qui présuppose que le nombre des soldats qui se partagent ces vêtements est à quatre. Saint Jean précise que la règle ou le principe de tirer au sort les vêtements de Jésus-Christ Crucifié sur la Croix ne concerne pas les quatre parts qu'ils se sont partagés à quatre. Le principe de "tirer au sort" intervient devant la difficulté de partager la seule et unique pièce de tunique tissée d'une pièce à partir du haut. Comment se partager cette seule et unique tunique tissée d'une pièce à partir du haut sans la déchirer en quatre morceau? D'où l'invention du principe: tirons au sort (tirer au sort). Le souci de garder intact la tunique fait une allusion possible au sacerdoce du Christ en Croix: la robe du grand prêtre devait être sans couture.(Jn19,23). "Ils se dirent donc entre eux:"Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l'aura": afin que l'Ecriture fût accomplie: Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l'ont tiré au sort. Voilà donc ce que furent les soldats"(Jn19,24).//Ps22,19.

    La tunique, le vêtement, la rôbe du grand prêtre, tissée en une pièce à partir du haut et sans couture pourrait symboliser aux yeux des Pères de l'Eglise, l'unité et l'indivisibilité de l'Eglise, Mystérium, Corps du Christ, Communion des communions. L'unité mystique entre l'identité du Corps du Christ et la tunique, le vêtement est perçue à travers le regard de foi, d'espérance et d'amour qui reconnaît que la tunique, la robe, le vêtement ne fus pas déchiré, partagé en quatre partis tout comme les pieds( les jambes) de Jésus-Christ ne furent pas brisés par les soldats contrairement à ceux des deux autres malfaiteurs crucifiés et exécutés avec lui. Les soldats constatèrent qu'il était déjà mort et lui percèrent l'épée sur son Côté transpercé d'où coulèrent l'eau et le sang, source de la nouvelle alliance concrète, cosmique, historique et eschatologique du pardon, de la réconciliation, de la paix du Christ et de l'unité  mais aussi de l'eau vive, de la grâce sacramentaire sanctifiante à profusion, de l'energie sanctifiante, de toutes bénédictions et richesses divines de la foi, de l'espérance et de l'amour pour être inondé de la force et de la grâce de l'Esprit de Jésus-Christ  crucifié, exécuté sur la Croix, force et grâce de l'Esprit christique vivifiant, porteur de sainteté, de conversion, de pardon et de reconciliation. L'eau et le sang qui coulèrent du Côté transpercé de Jésus-Christ, élévé en Croix , exécuté, mort sur la Croix sont les torrents de force et de grâce de pardon et de reconciliation, de conversion et de paix, de joie complète, de confession, de proclamation, d'annonce et de témoignage dans le compagnonnage intérieur et extérieur du Mystère de la Sainte Trinité par la médiation du Crucifié, Jésus-Christ, exécuté sur la Croix, au rang des criminels parmi les criminels, devant l'indifférence totale de tous et oublié de tous et par tous.

    Mais une mère oublie-t-elle son enfant? Mais sa mère oublie-t-elle son Fils Unique en ce moment tragique du dénouement de la crucifixion, de l'approche de  son exécution qu'elle vit en direct? L'Eglise, Mystérium et Corps du Christ oublie-t-elle ses enfants dans des situations d'extrême tragique à l'autel de l'humanité, de la modernité, de la post-modernité et de la contemporeneité de l'existence devant des défis insoupçonnés? Qu'est-ce qui s'est passé entre Jésus et sa mère (Jn19,25-27) avant même la mort de Jésus(Jn19,28-30)? (A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant. Curé d'Orbais.(Perwez).

     

  • Le réalisme de la traversée de la foi au Christ crucifié chez Saint Jean.

    Le réalisme de la foi chrétienne nous emmène à reconnaître la difficulté de croire dans la royauté messianique christique au coeur de la contemplation de la Croix du Christ, du Christ crucifié. La responsabilité individuelle et personnelle de Pilate dans ce tragique politico-judiciaire et religieux qui culmine par l'exécution de Jésus-Christ sur la Croix au côté de deux autres criminels libère le tragique du conflit d'interprétation de l'identité, du motif d'exécution et du mystère de Jésus-Christ à partir de la compréhension et de l'explication, voir de l'explicitation de l'écrit de Pilate sur l'écriteau mis sur la Croix qui donne publiquement de manière planétaire l'identité de Jésus exécuté comme criminel au rang des criminels sur la croix mais reconnu paradoxalement par le procurateur romain Pilate de manière légale, légitime, crédible,transparente, véridique, authentique, avec une traçabilité écrite comme étant le roi des Juifs. "Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs"(Jn19,19). Conflit d'interprétation, conflits, guerres, difficultés, oppositions, prises de position pour ou contre la proclamation publique légale et légitime de la royauté messianique christique par le procurateur romain Pilate alimentent depuis toujours l'histoire du salut dans son compagnonnage avec l'histoire des hommes, l'histoire et la vie des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des personnes âgées. Ils alimentent aussi la vie des peuples, des gens, des cultures, des collectivités, des communautés, des églises, des sociétés, des États, des Églises et des civilisations. Conflits, guerres, prises de position pour ou contre la royauté messianique christique intérieure et extérieure, privée et publique, légale et objectivement planétaire sont le lot de la vie des individus, des personnes, des gens, des citoyens, des peuples, des sociétés, des relations, des rapports, des structures, des systèmes, des institutions du niveau initial, de base, local jusqu'au niveau macro et planétaire. "Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate: "N'écris pas:"Le Roi des Juifs", mais: "Cet homme a dit: Je suis le roi des Juifs". Pilate répondit: "Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit"(Jn19,21-22).

    La confrontation entre la responsabilité ecclésiale des grands prêtres avec la responsabilité individuelle et personnelle, voire publique et légale du procurateur Romain Pilate se joue dans l'espace des actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains, des conduites, comportements, attitudes, manières d'être, d'agir et de vivre en direct le conflit d'interprétation suscité sur la narration scripturaire et légale de l'identité du Crucifié au rang du criminel parmi les criminels . La confrontation frontale se joue également sur le conflit d'interprétation concernant la signification, l'explication, l'explicitation et la compréhension du motif de sa condamnation et surtout de son exécution par les Romains. Le procurateur romain Pilate assume la responsabilité individuelle et personnelle de ses actes et du processus de sa décision publique politique et judiciaire au terme du tragique carcéral politico-judiciaire et religieux de Jésus.

    Elevé sur la Croix et contemplé par le procurateur romain Pilate mais aussi par les grands prêtres juifs et les peuples juifs, Jésus exécuté au rang des criminels parmi les criminels fait basculer intérieurement et extérieurement la légalité publique de Pilate dans ses actes mentaux, ses actes du langage, ses gestes corporels, ses actes humains, ses attitudes, conduites, comportements, manières d'être, de vivre et d'agir dans le tragique de l'exécution en face de l'exigence frontale. Celle-ci porte sur la remise en question de la proclamation publique planétaire de sa royauté messianique par Pilate au moment où le Crucifié est défiguré, sans défense, élevé de terre sur la Croix et exécuté au rang de criminel parmi les deux autres criminels. En répondant aux grands prêtres des Juifs, "ce que j'ai écrit, je l'ai écrit", Pilate fait basculer le statut du juge que s'octroient collectivement (responsabilité collective), des grands prêtres juifs qui l'accusent personnellement de compromission et de connivence avec la foi chrétienne(accusé), ce qui le met dans une culpabilité individuelle qui pourrait lui être fatale au regard de l'empereur César et du peuple Juif si la révolte populaire venait d'être reactualisée.

    Pilate s'approprie la responsabilité individuelle et personnelle, voire publique de ses actes et récuse toute culpabilité individuelle dans ses actes notamment du langage et dans ses gestes corporels, notamment dans ses écrits, dans ses actes humains. Le primat de la responsabilité individuelle et personnelle de Pilate, voire de sa responsabilité publique marque la limite de la culpabilité ecclésiale juive des grands prêtres sur leur perception de l'identité de Jésus-Christ, du mystère de Jésus-Christ et du motif de sa condamnation, voire de son exécution à mort sur la Croix. La conversion de Pilate est-elle garantit par sa réponse donnée aux grands prêtres Juifs quand il répondit:"Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit"? Cette réponse signe la victoire de la responsabilité individuelle et personnelle, voire publique de Pilate au coeur du tragique politico-judiciaire et religieux amenant à l'exécution de Jésus-Christ sur la Croix. Sur la Croix, au contact avec le Crucifié, le responsable légal, juridique, politique et étatique romain de son arrestation, de sa condamnation et de son exécution devient le premier missionnaire, hors espace religieux juif qui proclame dans l'espace public la royauté messianique judéo-chrétienne planétaire de Jésus-Christ Crucifié, élévé de terre et exécuté sur la Croix.

    "Oh Croix, source de conversion et de salut planétaire? Oh Croix du Crucifié, Jésus-Christ, qui porte en lui la croix du monde, des cris des gens en détresse? Oh Croix du Crucifié, Jésus-Christ, source de l'annonce prophétique, publique, légale, légitime, crédible, transparente, véridique planétaire irradie en chacun ta lumière christique intérieure et extérieure pour le salut des gens, pour le salut du genre humain, de l'humanité, des peuples, des sociétés, des cultures, des civilisations, des citoyens, des personnes, des individus, des Etats, de tous les espèces et règnes, de tous, de tout, de l'univers et du mien aussi, des choses, des objets, des structures, des systèmes, des institutions au service du bien commun spirituel et temporel mais aussi de l'intérêt individuel, privé et public. Oui élévé sur la Croix sans défence, défiguré, exécuté, la contemplation de Jésus par Pilate et les grands prêtres Juifs qui se disputent l'explication, l'explicitation, la compréhension et la signification de son identité, du mystère de sa personne et du motif légal et religieux de sa condamnation, voire de sa crucifixion et de son exécution ne laisse pas indifférents les soldats, la force publique, l'armée, la police, la gendarmerie, les corps des pompiers...tous les services de sécurité publique et civile internes et externes au niveau local, régional, communautaire, national, supra-national, européen, mondial et planétaire.

    Les soldats: ceux-ci au lieu de contempler Celui qui est élevé de terre sur la Croix pour se laisser saisir, aspirer et attirer par la transcendance décident d'avoir le regard horizontal par terre pour se disputer des vêtements. Heureusement que la contemplation du Crucifié par le Centurion Romain scelle la victoire de la responsabilité individuelle et personnelle, voire publique dans l'espace des soldats, pour dire "Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu". Mais avant d"y arriver à la foi du Centurion Romain qui contemple le Crucifié sur la Croix, à l'issue de l'exécution de ce dernier et de sa mise à mort, comment se fera le partage des vetêments de Jésus?(Jn19, 23-24)? Ces actes  de débat pour le partage des vetêments au lieu de contempler le Crucifié Jésus-Christ sur la Croix, défiguré, sans défense, entrain de mourir ne donne-t-il pas à penser que sur la croix Jésus mourant et même mort a assumé toutes les disputes, conflits, guerres, tragiques judiciaires liés aux guerres des héritages dans la société contemporaine au sein des familles, des relations, des rapports, des structures, des systèmes, des institutions? Dieu seul sait le tragique des guerres des héritages et leurs lots des malheurs, des divisions, des  haines, des cassures irréparables et irrémediables.  Plus que l'héritage est colossal, plus que les risques tragiques des guerres intra et extra familiales, structurelles, systémiques, institutionnelles, même au niveaux des villages, des collectivités, des entreprises, des États, des Églises deviennent très importants et dévastateurs, sources des blessures et des malheurs. Elévé sur la Croix, défiguré, exécuté, et non contemplé, oublié au détriment de ses vêtements qui deviennent la priorité urgente de la discussion et du partage entre soldats, Jésus Crucifié consume, assume, aspire toutes ces expériences de détresse humaine accès sur l'appropriation exclusive des richesses matérielles de manière égoiste et individuelle et pour lesquelles le partage, la solidarité ne comblent pas objectivement chacun et tous à cause des rapports des forces qui creusent le fossé et l'abîme entres riches et pauvres. Mais comment se fera ce partage des vetêments de Jésus(Jn19,23-24)? (A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant. Curé d'Orbais.(Perwez).

  • Le crucifiement (Jn19,16-22)

    Le crucifiement de Jésus est rapporté également en Mt27,31,33,37-38, en Mc 15,20,22,25-27 et en Lc 23,33,38. Au regard de saint Jean, le crucifiement était la sanction suprême reservée par les romains aux criminels et correspondrait aujourd'hui, me semble-t-il, ici c'est nous qui soulignons à l'exécution de la peine capitale, la peine de mort par pendaison, lapidation, injection des médicaments ou produits donnant la mort au criminel, voire à l'exécution par la chaise électrique. 

    La responsabilité collective juive et celle des grands prêtres est établie par saint Jean à travers la médiation de leurs  actes et gestes consistant à prendre Jésus et à l'emmener pour le faire crucifier, pour vivre en direct sa mise à mort, pour l'exécution de la sentence suprême. Sur le chemin de crucifiement, voir de crucifixion, Jésus est obligé d'assumer la responsabilité individuelle et personnelle de ses actes mentaux, de ses actes du langage, de ses gestes corporels, de ses actes humains, de ses conduites, comportements, attitudes, manières d'être, d'agir et de vivre jusqu'au bout de la criminalisation et du criminogène en portant lui-même l'instrument de sa mise à mort, la croix, jusqu'au lieu de l'exécution de la peine capitale. "Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne-ce qui se dit en hébreu Golgotha"(Jn19,17). La marche de Jésus portant sa croix pour sa crucifixion au lieu du Crâne est l'accomplissement plenier du sacrifice d'Abraham (Gn22,1-24), où Abraham voulu sacrifier son fils unique Isaac pour témoigner de sa crainte devant le Seigneur qui lui interdira de ne pas porter la main contre l'enfant. En Gn 22,6 nous lisons:"Abraham prit le bois de l'holocauste et le chargea sur son fils Isaac, lui-même prit en mains le feu et le couteau et ils 'en allèrent tous deux ensembles"(Gn22,6).// Jn19,17.

    Jésus prendra le bois de l'holocauste, le bois sec, la croix et se chargera de porter cette croix sur ses épaules, lui le Fils Unique de Dieu, refaisant ainsi le geste d'Isaac pour aller, comme lui, accomplir avec lucidité tragique le sacrifice en devenant lui-même l'holocauste. Les juifs et les grands prêtres juifs font dans cet espace tragique de la crucifixion de Jésus les actes que Abraham accomplit pour Isaac. "Quand ils furent arrivés à l'endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y éleva l'autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l'autel, par dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l'Ange de Yahvé l'appela du Ciel et dit:"Abraham! Abraham!". Il répondit:"Me voici!". L'Ange dit: "N'étends pas la main contre l'enfant! Ne lui fait aucun mal! Je sais maintenant que tu crains Dieu: tu ne m'as réfusé ton fils, ton unique". Abraham leva les yeux et vit un bélier, qui s'était pris par les cornes dans un buisson, et Abraham alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils. A ce lieu, Abraham donna le nom de "Yahvé pourvoit", en sorte qu'on dit aujourd'hui:"sur la montagne, Yahvé apparaît" (Gn22,9-14); Jc2,21, Ex20,20; Dt6,2+; Jn3,16; 1Jn4,9; Rm8,32; He11,17.

    En mettant en rapport les péricopes de Gn22,6-14 et Jn19,16-22 et particulièrement le V17, nous pouvons affirmer que la Croix est le premier autel de bois sacrificiel de la nouvelle alliance réalisant pleinement le réalisme de l'institution eucharistique lors du repas de la dernière Cène. Sur l'autel de la Croix, sur le bois de la Croix, Jésus fait criminel parmi les criminels sera immolé et offert en holocauste sur le mont dit du Crâne, le mont GOLGOTHA, le lieu de l'apparition, de la monstration et de la révélation exclusive de l'amour de Dieu offert pour le salut des gens, le salut du genre humain, le salut des générations futures, le salut de la Création tout entière, le salut de l'Univers, en tout lieu et en tout temps. "Sur la montagne Yahvé apparaît". Sur le bois de la Croix, sur l'autel du bois, sur la montagne de GOLGOTHA, en ce lieu Jésus fait criminel parmi les criminels transcende le sacrifice Abrahamique du bélier pour s'offrir lui-même, en chair et en os, dans sa défiguration et sa propre deconstruction extrême en agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. L'agneau de Dieu immolé à l'autel du sacrifice du bois de la croix manifeste à chaque intériorité et à toute extériorité que Dieu est avec nous dans l'Incarnation du Verbe qui assume sa responsabilité individuelle, personnelle, ecclésiale, voire cosmique, historique et eschatologique pour le salut des gens, du genre humain, de l'humanité et de la Création toute entière. Ce salut christique est offert par la médiation du réalisme de la crucifixion, communiant ainsi à toutes les expériences tragiques des vies, des existences, des individus, des personnes, des gens, des peuples, des sociétés, des cultures, des civilisations, des objets, des choses, des ustensiles, des techniques, des technologies, des apparéils électroniques, des relations, des rapports, des systèmes, des structures, des institutions devenus des bois secs, des bois morts. La puissance symbolique des bois secs, des bois morts renvoie à la perte de l'enthousiasme, de la luminosité, de la lumière, de la vitalité, de l'energie, de la vie et de la joie de vivre au maximum chaque instant comme une éternité de l'arbre vert. Le dessechement complexe et pluriel de tout, de tous et de toutes les créatures visibles et invisibles résulte tragiquement des raisons objectives, subjectives, inconscientes, irrationnelles, voire indépendantes de toute prise volontaire et de toute lucidité critique.

    Le bois de la Croix renvoi ici à la proximité christique entre la vie donnée pour les autres, la famille, les enfants, pour la collectivités, la société, l'Etat, le monde et le service précieux gratuit que les arbres offrent à l'humanité par la photosynthèse en travaillant l'energie solaire pour irradier l'oxygène qui nous fait vivre tous et qui fait vivre tous les espèces, toutes les races, tout l'univers en toute discrétion, sans bruit et en silence, sans rien attendre en retour sinon que d'être objet d'attention pour la perenité d'un environnement de qualité pour les générations futures. La mystique de l'arbre, de la végétation, de l'agriculture et de tout le travail de la terre, des techniques, des services invite au contact du tragique de la crucifixion. Il y a un lien mystique précieux entre l'arbre et la vie de Jésus. L'arbre commence sa vie par une petite graine jettée et enfouie en terre. Bien enracinée dans la terre, l'arbre s'élève au dessus des hommes, des habitations et embrasse les hauteurs lui permettant d'accueillir l'énergie solaire pour mieux le travailler, le transformer et le redistribuer sous forme de l'oxygène à tous sans distinction ni de race, ni de couleur, ni de  situation, ni de positionnement, ni d'espèce. Mais l'arbre assure d'autres fonctions et peu être servi de plusieurs manières selon l'intention qu'on n'en donne, pour les besoins qu'on cherche à satisfaire. Jésus n'avait-il pas dit: "Si c'est ainsi qu'on traite le bois vert que dirai-t-on du bois sec?".

    La Croix, l'arbre de la Croix qui embrasse l'horizontalité et la verticalité, l'immanence et la transcendance est au pire moment de sa dechéance en bois sec, le lieu où Jésus rejoint le tragique de sa défiguration, de on humiliation, de son basculement complet au statut et à l'identité du criminel voué à la mort comme tant d'autres criminels représentant une dangérosité publique. "Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne-ce qui se dit en hébreu Golgotha-où ils le crucifièrent et avec lui deux autres: un de chaque côté et, au milieu, Jésus" (Jn19,16-18). Jn19,18 a un parallélisme avec Is53,12. Lequel? ' C'est pourquoi il aura sa part parmi les multitudes, et avec les puissants il partagera le butin, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les criminels, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les criminels"(Is53,12). // Ps2,8;Col2,15;Mc15,28;Lc22,37;Jn1,29+;1P2,24;Rm4,25. La criminalisation complète de Jésus pour justifier sa mort est l'aboutissement de la stratégie et de la logique mensongère et idéologique réalisées par Pilate dans le processus d'élaboration de la décision publique, politique et judiciaire au service de la sécurisation de la Cité. Témoin direct de cette fin ultime tragique de Jésus sanctionné comme criminel, Pilate assume sa responsabilité individuelle et personnelle pour rédiger l'acte officiel de la crucifixion de Jésus. "Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la Croix. Il y était écrit:"Jésus le Nazôreen, le roi des Juifs"(Jn19,19).

    La royauté messianique de Jésus-Christ entre ici au coeur de la crucifixion et du tragique de la Croix dans une phase publique de visibilité, de lisibilité, de proclamation et d'annonce officielle par le pouvoir temporel représenté par Pilate. Pilate assume paradoxalement la responsabilité de la condamnation à mort de Jésus pour mettre fin à la vie d'un criminel de droit public, source de dangerosité publique. Pilate assume également de manière paradoxale la responsabilité individuelle et personnelle pour proclamer légalement par écrit sur la Croix la Royauté messianique juive de Jésus le NaZoréen, qui imprime sa cohérence paradoxale à la foi juive et à la nouveauté de sa différence spécifique(Enseignement nouveau, donné avec autorité) en ses titres et qualités de l'accomplissement des Écritures et de la Promesse par la médiation du réalisme de la foi et le biais du tragique de la crucifixion.(Mc1,21-28). 

    L'ecartelement intérieur et extérieur de Pilate est à son comble mais trouve la passerelle d'une convergence harmonieuse dans l'harmonie finale de sa perception intérieure, mystique de Jésus-Christ en vivant personnellement en direct cette expérience de sa crucifixion et cela sous sa propre responsabilité. Pilate entre ainsi dans l'histoire du salut comme un des acteurs privilégiés de l'accomplissement des promesses. Probablement que Pilate consent intérieurement à ces paroles de Jésus que celui-ci devrait probablement se remémorer au regard de l'actualité et du dénouement tragique: "C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas; et moi, une fois élevé de terre, je les attirerai tous à moi." Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir."(Jn12,31-33); Jn3,19; Jn1,10; Lc10,18; Ap12,9;Ap20,1-6; Jn3,35+; Jn18,32; Jn21,19. Comment concevoir et comprendre le basculement du prince de ce monde par terre où il passe de l'identité du juge à celui du jugé? Comment admettre que l'humiliation de Jésus mis au rang du criminel public, élevé sur la Croix où il est condamné à mort soit le centre de toute aspiration vers la transcendance, vers la contemplation, vers l'attirance amoureuse en lui? Comment admettre que le Christ crucifié soit le Christ contemplé pour donner sens à la vie des multitudes et à l'intériorité de tous sommés de prendre position pour ou contre Jésus-Christ, Chemin, Vérité et Vie? Comment expliquer que Jésus soit lucide jusqu'au bout de sa crucifixion et qu'il en assume la responsabilité individuelle et personnelle, voire la responsabilité ecclésiale de ses actes mentaux, des ses actes du langage, de ses gestes corporels, des ses actes humains, de ses attitudes, conduites, comportements, manières d'être, d'agir, de vivre même au coeur du tragique? Comment comprendre, percevoir Jésus-Christ dans sa cohérence interne et externe à travers ses actes de proclamation, d'annonce, de célébration et de témoignage dans la vie de tous, dans la cité, dans l'église, dans l'Eglise, dans la société et dans le monde, mais aussi dans la famille, dans l'entreprise, chez les indépendants, dans les Petites et moyennes entreprises (PEM). 

    Dans le jugement en direct qui se vit au moment de la crucifixion, qui est jugé: le prince de ce monde ou Jésus? Qui fait la chute spéctaculaire: Jésus ou le prince de ce monde? Comme en Lc 10,18 et Ap12,9; sa chute fait contraste avec l'élévation du Christ, qui doit être comprise en deux sens complémentaires: élévation sur la croix et élévation à la droite du Père. Le règne de Satan sur le monde, 14,30;16,11;1Jn5,19, va prendre fin pour céder la place au règne du Christ, Ap12,9-10. Cette double royauté doit être comprise dans une perspective éthique. Le Diable est menteur par nature. Dès les origines, il a trompé l'humanité au sujet des commandements divins, ce qui leur a valu la mort, il est donc homicide, 8,44b; Gn3; Sg2,24. Les autorités juives qui veulent tuer Jésus le font à l'instigation du Diable 8,44 a, comme Caïn jadis, 1Jn3,12. C'est le Prince de ce monde qui, par ses mensonges, est la cause de tous les désordres moraux,cf. Ep2,1-3;6,10-17; 2Co4,4. Son règne est celui du Mal et engendre la mort. Le Christ au contraire fut envoyé par Dieu pour nous dire la vérité,8,45, opposé à 8,44, cette vérité qui doit nous rendre libres de l'esclavage du Diable, 8,34+, parce qu'elle nous fait clairement savoir quelle est la volonté de Dieu sur nous, 8,32+. Or, c'est par l'élévation du Christ que nous aurons le "signe" par excellence nous prouvant qu'il a bien été envoyé par Dieu, 2,11+; 3,14+, et qu'il nous transmet ses paroles. Le Christ alors attirera toute l'humanité à lui, 12,32, en ce sens que tous viendront à lui et recevront son enseignement,6,35,45; Is55,1-3; Sir24,19-22, qui est, non de haine, mais d'amour mutuel 13,34-35; 1Jn3,11-12.Le régne du Christ est celui de l'Amour et il engendre la vie; 12,49-50; 5,24; 8,51; 1Jn3,14-15.-Var.:"jeté dehors".

    Tout homme, tout et tous seront aspirés et attirés vers et par le Crucifié, élévé de la terre sur la Croix pour le contempler, le prier, le louer, lui rendre grâce, le supplier, l'adorer et implorer sa bénédiction, sa force et sa grâce afin de continuer la mission christique, chrétienne et ecclésiale dans ce monde contemporain par des actes de proclamation, d'annonce, de célébration, de témoignage lumineux de douceur, de tendresse, d'amour, de pardon, de vérité, de justice, de paix et de service efficace rendu à soi, aux autres et tous dans l'humilité et la discrétion. "Et moi, une fois élévé de terre, je les attirerai tous à moi"(Jn12,32). "Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir"(Jn12,33). Mourir? Si les juifs avaient eux-mêmes exécuté le Christ, ils l'auraient lapidé après l'avoir "jeté bas" du haut d'un lieu escarpé, Lc 4,29. Exécuté par les Romains, il fut "élevé" sur la Croix, premier pas qui devait le mener à la droite du Père. La façon dont le Christ fut mis à mort avait donc valeur de symbole,18,31-32. Les Romains avaient retiré au Sanhédrin le droit de vie et de mort. De la main des Juifs, Jésus aurait été lapidé,cf.8,59; 10,31 et non pas crucifié ("élevé). 

    "Pilate leur dit:"Prenez-le, vous et jugez-le selon votre Loi." Les Juifs lui dirent:"Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort", afin que s'accomplît la parole qu'avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir"(Jn18,31-32). Par son élévation sur la Croix, et par sa mort, Jésus-Christ nous dit :"NON à l'indifférence" mais "OUI radical, fondamental et pragmatique à une vie donnée pour les autres de manière lucide, libre et responsable et par amour". " Oui à une vie donnée pour la construction réelle mais complexe de la fratrie, voire de la fraternité planétaire, mondiale, universelle, cosmique, historique et eschatologique favorable à la concrétude et à la construction concrète du Royaume de Dieu sur terre, Royaume qui demeure paradoxalement et fondamentalement objet de notre espérance.  La proclamation publique de la Royauté messianique de Jésus-Christ par Pilate lors de la crucifixion de Jésus-Christ est légitimée, attestée et légalisée dans l'édit, voire dans l'ordonance de l'écriteau qui fut placé sur la Croix et auquel Pilate écrivit: "Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs". "Cet écriteau, beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en Croix était proche de la ville, et c'était écrit en hébreu, en latin et en grec"(Jn19,20).

    La proclamation, l'annonce, la confession de la foi christique, voire de la royauté messianique judéo-chrétienne par dérision à travers le tragique de la crucifixion reçoit une légitimité, une légitimation et une légalité publique planétaire, universelle intégrant toutes les langues, les cultures, toutes les civilisations, tous les peuples, les individus, les personnes, les gens, les citoyens, les collectivités, les communautés, les églises, les Églises, les États qui vivent sur toute la terre mais aussi l'ensemble des êtres visibles et invisibles qui constituent l'Univers, la Création toute entière. Elevé de terre sur la Croix, Jésus-Christ est crucifié. L'écriteau, ecrit par Pilate, procurateur romain et mis au dessus de la Croix pourrait signifier de manière paradoxale, légale, légitime, crédible, transparente, véridique, authentique l'identité de l'exécuté et le motif de son exécution au rang des criminels publics. La traçabilité de la proclamation, de l'annonce et de la confession publique et universelle, voire planétaire de la royauté messianique christique juive et chrétienne, bref judeo-chrétienne est attestée publiquement dans cet espace, dans ce lieu historique d'exécution des criminels par l'ecriteau et par les écrits de Pilate sur cet écriteau:" Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs". La proximité du lieu choisit pour la crucifixion de Jésus avec la ville montre toute l'importance de la fréquentation de ce lieu par un grand nombre des habitants, des juifs, des hébreux, des grecs, et d'autres confessions religieuses ou romaines, voire des personnes n'ayant aucune conviction religieuse.

    La traçabilité de l'écrit mis sur l'ecriteau pour expliquer l'identité du criminel exécuté et le motif de son exécution fut marquée par le realisme de la diversité, voire de la multiculturalité qui composait les habitants de la ville au point de prendre soins du souci de la connaissance, de la lecture, de la visibilité, de la lisibilité et de la compréhension de ce qui est écrit, de ce qui est arrivé sur la Croix, et de l'identité voire du motif de l'exécution de ce criminel pour plus de transparence, de légitimité, de légalité, de vérité et de communication de qualité. Proximité de la vielle et pluralité des langues:hébreu, latin et grec pour écrire l'identité du criminel condamné à mort, élevé de terre en Croix, Crucifié et le motif de cette exécution en étant entouré de deux autres criminels, tout en prenant soins de le mettre au milieu des trois condamnés, exécutés sur la Croix montrent la puissance, la force tragique de l'annonce, de la proclamation et de la confession planétaire publique, légale, légitime de la royauté messianique de Jésus-Christ crucifié, éxecuté sous la responsabilité individuelle et personnelle, voire publique de Ponce Pilate au nom de la légitimité et de la légalité du pouvoir public temporel dans l'exercice de sa souveraineté.

    Les actes mentaux, les actes du langage, les gestes corporels, les actes humains, les conduites, comportements, attitudes, manières d'être, d'agir et de vivre de Pilate en ce moment où il écrit en hébreu, en latin et en grec sur l'ecriteau:"Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs", écriteau qui fut placé sur la Croix, concentrent paradoxalement l'intériorité et l'extériorité de Pilate au défi de la proclamation planétaire publique et légale de la royauté messianique christique. Les actes publics de Pilate, procurateur romain, ses dires, ses paroles et ses écrits montrent la visibilité de l'avenement public, légal, légitime, crédible, transparent, authentique, lisible et visible de la proclamation, de l'annonce, de la confession, de la célébration et du témoignage de la royauté messianique christique au niveau  personnel, privé, public, citoyen, ecclésial, légal, international, supra-national et planétaire dans le respect de la multiculturalité. Mais que nous renseigne le réalisme de la foi dans la traversée des difficultés à croire au Christ Crucifié? (A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant. Curé d'Orbais.(Perwez).