• Le projet missionnaire du mariage chez J Van WING.

    L'abbé André Mampila stigmatise les motivations idéologiques qui sous-tendent la conception, la réflexion, la construction du projet missionnaire du mariage monogamique chrétien chez le père Jan Van Wing. La première idéologie consiste à dire que les structures socio-culturelles Kongo offrent une systémique favorable à l'intériorisation et à l'adhesion Kongo aux unions monogamiques chrétiennes offertes par le sacrement du mariage chrétien promoteur de l'indissolubilité de l'union entre les époux jusqu'à ce que la mort les sépare.

    La distorsion idéologique de cette réflexion théologique consiste à mettre en conflit, voir à opposer et à systématiser le paradoxe systémique conflictuel entre la systémique polygamique d'une part et la systémique des structures socio-culturelles Kongo contraires à cette polygamie. Le réverend père Jan Van Wink cause ainsi le désenchantement et l'effondrement de l'harmonie vitale au sein de la pluralité des structures socio-culturelles Kongo. Dans cet ordre d'idée, le révérend père Jan Van Wink considère qu'il existe au sein des structures socio-culturelles Kongo des pratiques qui sont en contradiction avec le christianisme. Il faut à tout prix combattre des telles pratiques, voir les supprimer au même titre que la polygamie même lorsqu'elles réglementent la vie sociale des polygames. Il s'agit de combattre les interdits, le tabou, les fétiches et les rites qui alimentent les actes pluriels des polygames et contribuent à leur construction en sens et à leur croissance en humanité afin de faire émerger la monogamie chrétienne sacramentaire.

    Dans cet ordre d'idée toutes les unions polygamiques sont considérées par lui comme des adultères au regard de la propagande ecclésiale évangélisatrice, chrétienne, missionnaire et coloniale(124). L'abbé André Mampila affirme que pour le révérend Père Jan Van Wink l'esprit du mukongo trouverait anormal et exceptionnel la polygamie bien qu'elle soit légalisée au niveau coutumier, civil et public, voir sociétal et qu'il privilegerait le mariage monogamique en considérant de manière systémique que les unions polygamiques rélèvent de l'adultère. L'abbé Mampila reconnaît la fragilité d'une telle argumentation anthropologique sur la question du mariage dans la structure traditionnelle socio-culturelle Kongo. Il admet également l'absence des sources scientifiques ayant traité cette question sur le plan anthropologique avant le 16 è siècle. 

    Mais ce constat n'esquive pas les questions théologiques suscitées par l'explication, l'explicitation et l'argumentation anthropologique et théologique du réverend Père Jan Van Wing sur la question de la systémique polygamique adultérine et moralement désobligeante, humiliante par rapport à la splendeur des unions chrétiennes monogamiques scellées dans le sacrement du mariage.

    "Serait-ce là, s'interroge l'abbé André Mampila, l'explication anthropologique du petit nombre d'unions polygamiques que l'on trouve dans des villages Kongo? Ou les Bakongo auraient-ils inventé la polygamie pour lutter contre l'adultère et les unions illégitimes?(125).

    La deuxième idéologie qui fonde la réflexion anthropologique et théologique du révérend Père Jan Van Wink sur la conception du mariage chez les bakongo pour la faire évoluer vers la conception chrétienne de la monogamie sacramentaire est celle qui consiste à imprimer une vision individualiste occidentale qui lui permet de définir le mariage comme un contrat entre deux personnes, c'est-à-dire une union entre un homme et une femme. Cette union répond de manière sacramentaire aux fins du mariage(procréation, éducation des enfants, soutien mutuel des époux) et aux conditions essentielles du mariage naturel (le libre échange des consentements entre les conjoints, l'unité et l'indissolubilité de leur union).

    Le révérend Père Jan Van Wink est embarassé entre la mission de promouvoir les unions chrétiennes monogamiques et l'indissolubilité issus des mariages sacramentaires qui rélèvent du mariage chrétien, catholique et les coutumes matrimoniales Kongo qui ont une autre vision du mariage avec les mêmes fondamentaux dans tous les cas à savoir la suprématie de la liberté du clan et de la liberté de la personne mariée mais aussi la suprématie des alliances claniques qui se marient au travers des individus. C'est à juste titre que la dot sert à prèter la femme et non à la posséder car elle est totalement libre vis-à-vis de son mari et appartient à son clan et non au clan du mari. Cela est aussi vrai pour les mariages monogamiques et les mariages polygamiques, à l'exception de l'exclave ou des exclaves qui intégrent totalement le clan du mari et sont propriétaires non du mari lui-même mais de son clan en régime monogamique et en régime polygamique.

    Les Ordinaires du Congo et Ruanda-Urundi ont bien débattus lors de leur troisième conférence plénière de 1945 les problèmes liés à la question plurielle des formes du mariage traditionnel Kongo pour la faire évoluer de manière exclusive vers le mariage monogamique chrétien, catholique. Le révérend Père Jan Van Wink mettra à profit le rapport de cette troisième conférence tel que Mgr Van de Bosch le réalise pour argumenter de manière anthropologique et théologique sur la sacramentalité du mariage chrétien dans ses triples exigences de contrat naturel, ecclésial et christologique, voir christique avec ses fins spécifiques; de l'interprétation ecclésiale absolue de la loi naturelle pour détermine et déclarer les conditions de validité et de nullité du mariage sacramentaire chrétien; de la validité de la forme traditionnelle monogamique du mariage indigène Kongo en bonne intelligence et en cohérence avec le mariage monogamique chrétien, sacramentaire, légalement propice à l'ascension sociale, économique, culturelle, entrepreneuriale, administrative, politique et publique du temps de la colonisation.

    La difficulté de Père Jan Wink de percevoir les fondamentaux des coutumes matrimoniales Kongo dans le cadre des structures socio-culturelles liées aux fondamentaux du mariage traditionnel Kongo dans ses formes plurielles et harmonieuses est celle de l'absence de la question approfondie de la liberté chez les Bantu, chez les Bakongo, chez les Kongo dans la systémique des unions monogamiques, polygamiques ou avec un, voir plusieurs esclaves,  pour les hommes et les femmes qui se marient mais aussi pour leurs clans, voir pour la communauté.

    "De quelle manière le régime matrimonial Kongo fait jouer sans heurt deux sortes de libertés, celle de chacun des époux qui se marient et celle de chaque clan qui grâce au mariage de l'un de ses membres, entre dans une relation d'alliance?" (126).

    Le Père Jan Van Wing ne s'est pas posé cette question à cause de sa vision individualiste occidentale et de la société matérialiste qui l'a façonné. Le paradoxe harmonieux entre l'individu et la communauté (voir le clan) qui intègre les vivants et les morts du clan en harmonie avec les ancêtres, les descendances utérines et les relations d'alliances matrimoniales et claniques ne permettent pas au révérend père Jan van Wink d'approfondir le concept et le statut global de la liberté dans la culture kongo constituée des vivants et des morts en harmonie avec les aînés, les anciens, les ancêtres, les génies, les ancêtres fondateurs, le sol, l'univers et le Dieu des ancêtres. Ce Dieu "Nzambi MPUNGU" permet au mukongo d'écouter d'écouter l'élan vital, la force vitale, le souffle des ancêtres dans l'intergénérationalité et dans la multigénérationalité offerte par les alliances plurielles en tout lieu, en tout temps et en toute circonstance pour la construction du sens et la croissance en humanité.

    Le regime matrimonial kongo considère le mariage traditionnel Kongo dans ses formes plurielles comme le lieu paradoxal de convergence harmonieuse entre la liberté individuelle et la liberté collective pour poser des actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains, des attitudes, des regards, des perceptions, des représentations, des conduites, des comportements, des manières d'être, de penser, d'agir, de vivre, de ressentir, de souffrir, de jouïr, de jubiler au sein des mariages monogamiques, polygamiques, avec un ou plusieurs exclaves; au sein des clans, des communautés et de la société avec responsabilité.

    L'abbé André Mampila ouvre une perspective pour une étude approfondie du statut général de la liberté dans la culture Kongo. Mais aborder la conception et le statut de la responsabilité des actes pluriels dans la culture traditionnelle Kongo, comme je le fais personnellement dans cette étude, n'est-ce pas une manière d'approfondir également la problématique de la liberté aux  travers les médiations des actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains, des attitudes, des regards, des perceptions, des représentations, des conduites, des comportements, des manières d'être, de penser, d'agir, de vivre, de ressentir, de souffrir, de jouïr et de jubiler dans la société notamment Kongo?

    L'abbé André Mampila considère que les chapîtres VI et VII des Etudes Bakongo du révérend Père Jan Van Wink montrent bien la réflexion pastorale du Père Jan Van Wink dans un contexte colonial où il se bat pour la légalisation et la validité du mariage monogamique chrétien afin de supprimer le mariage polygamique et celui avec un ou plusieurs exclaves. Son oeuvre serait plutôt pastorale que sociologique. Mais l'abbé Mampila s'interroge également sur la validité et sur l'actualité de la théologie du mariage monogamique des chrétiens et sur l'exigence d'indissolubilité tel que le révérend père Jan Van Wink exprime au regard de la réalité actuelle de la problématique générale du mariage et de l'amplification des divorces aujourd'hui surtout en occident tout en reconnaissant que le révérend père Jan Van Wink est et demeure un pionnier fidèle de l'interprétation de la sollicitude ecclésiale pour la famille dans l'histoire chrétienne de la République Démocratique du Congo.

    "Si, les chrétiens catholiques et orthodoxes s'accordent sur la sacramentalité du mariage, affirme l'abbé Mampila, ils divergent cependant quant à son indissolubilité. Puis, les protestants n'admettent ni sacramentalité ni indissolubilité du mariage. Comment enfin peut-on présenter l'indissolubilité quand le débat sur le divorce occupe l'avant scène de l'actualité politique dans beaucoup de pays européens, y compris les pays de vieille chrétienté?"(127). Il est intéressant de remarquer qu'après le combat contre la forme plurielle du mariage traditionnel dans la culture Kongo pour promouvoir l'uniformisation du mariage monogamique chrétien et indissoluble, non seulement que la réalité quotidienne contrédit paradoxalement cet idéal et ce fait théologique sacramentaire, bien que des témoignages chrétiens authentiques des familles monogamiques existent encore mais aussi on remarque l'amplification et le surgissement actuel d'autres formes du mariage ou des pactes, des contrats des cohabitants... qui marquent autrement en occident chrétien la persistance de la nécéssite de la forme plurielle culturelle du mariage au nom de la laïcité des États démocratique et du primat de la liberté. Pourquoi la culture de l'ère du temps reconnaît et admet ce fait social au nom de la liberté et de la démocratie? L'Eglise constate cette pluralité d'unions dans la société parmi les personnes qui vivent notamment dans les paroisses, les villages et les villes, surtout en Occident et cherche à trouver comment accompagner sur le plan pastoral ces nouvelles formes d'unions et des alliances, voir  leurs echecs avec l'amplification culturelle des divorces  en approfondissant la théologie pastorale du mariage chrétien et la sollicitude pastorale, alors que la polygamie n'a pas jouit et ne jouït pas d'un accompagnement pastoral et d'une reconnaissance respectueuse de la liberté et de la démocratie.

    Débattre à propos du mariage ou du divorce, voir de la polygamie ou d'autres formes plurielles des unions légitimes, illégitimes permet de réflechir aussi sur le statut, la place et l'avenir des enfants sans oublier la nécessité absolue d'assurer leur éducation pour préparer l'avenir des familles monogamiques, polygamiques, des  esclaves intégrées dans le clan du mari, des famille recomposées ou mono parentales mais aussi l'avenir  de la société, de l'Eglise, de la citoyenneté, du monde, de l'humanité pour le bien commun planétaire.

    Que dire à propos de l'éducation de l'enfant mukongo? Comment le révérend père Ndundu Masamba s.j aborde-t-il cette question? (A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant. Curé d'Orbais (Perwez).

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    (124)J. Van WING,Études Bakongo,sociologie, religion et magie.(Museum Lessianum-Section Missiologique,n°39), 2é éd.,(Louvain), Desclée De Brouwer, 1959,pp.169-172. "Les adultères sont soumis à un rite spécial appelé maguga. "La pratique de maguga est répétée, écrit Van Wing, pour chaque nouvelle femme amenée au harem. Dans tous les cas le mari et toutes les femmes doivent s'y soumettre"(p.171). Voir aussi, Abbé MAMPILA, Le projet missionnaire du mariage chrétien selon J. VAN WING dans Actualité et Inactualité des "Études Bakongo" du Père J. Van WINK. Actes du Colloque de Mayidi du 10 au 12 avril 1980, Inkisi, Grand Séminaire, Mayidi, 1983,p.142-143.

    (125) Abbé MAMPILA, Le projet missionnaire du mariage chrétien selon J. Van WING dans Actualité et Inactualité des "Études Bakongo" du Père J. Van WING. Actes du Colloque de Mayidi du 10 au 12 avril 1980, Inkisi, Grand Séminaire, Mayidi, 1983,p.143.

    (126). Ibid.,p.144.

    (127). Ibid.,p.145.

     

  • Considérations théologiques sur la lecture des ch.VI et VII des Etudes Bakongo de J.Van Wing.

    L'abbé Mampila voit des affinités entre le contexte d'élaboration des chapitres VI et VII des Études Bakongo avec les Actes de la 3è conférence des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi. Les faits marquants ces affinités sont révélés à travers les faits sociaux qui font la distinction claire et nette entre les épouses légitimes que le mukongo mari réellement de manière systémique dans la systémique polygamique où toutes ces épouses libres, consentantes et pretés par la médiation de la dot ont une égale dignité dans le respect de la préseance, tout en appartenant à leurs propre clan que celui du mari et les femmes esclaves achetés par le mari et qui intègrent totalement le clan du mari.

    D'autres faits remarquables concernent la cohérence que le révérend Père Van Wing établit en son chef entre la position officielle de l'Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, Romaine concernant le mariage chrétien monogamique, l'indissolubilité des unions légitimes chrétiennes et la decouverte anthropologique d'autres formes de mariage dans la systémique polygamique où les femmes sont réellement toutes les épouses du mari et sont reconnues comme tels sur le plan anthropologique, culturel, sociétal, civil et coutumier, voir juridique au même titre que le mariage monogamique dans la tradition Kongo. Celle-ci admet et reconnaît la responsabilité des actes pluriels du mari dans le choix de se marier légitimement avec une seule femme ou avec plusieurs femmes qui restent propriétaires de leur propre clan ou de se marier avec une esclave ou avec plusieurs esclaves, femmes de seconde zone qui intègrent le clan du mari.

    La sympathie de père Jan Van Wing pour les coutumes matrimoniales Kongo résulte de la découverte anthropologique des plusieurs formes de mariage: monogamique, polygamique et celui des esclaves. Il trouve dans dans ces formes systémiques du mariage traditionnel kongo des fondamentaux de l'idéal chrétien du mariage monogamique qui met en valeur l'union chrétienne des époux en cohérence avec le principe théologique et juridique, canonique de l'indissolubilité du sacrement du mariage ou de l'union chrétienne sacramentaire des époux ecclésialement mariés à l'église ou devant l'Eglise après avoir scellé leur mariage coutumier et civil (119).

    L'abbé Mampila arrive à cette considération:"quoi qu'il en soit, dit-il, du point de vue de la coutume que Van Wing analyse, la monogamie et la polygamie possèdent les mêmes caractéristiques de légalité. Elles sont deux manières d'assurer la socialisation des femmes et de leurs progéniture, dans la société Kongo"(120).

    Pour mieux comprendre J. Van Wing dans sa découverte anthropologique de la monogamie et de la polygamie chez les kongo dans les chapitres VI et VII des Études Bakongo, l'abbé André Mampila se réfère au premier paragraphe dans lequel Jan Van Wing se réfère aux écrits de A. Vermeersch pour définir la polygamie: "La polygamie, telle qu'elle semble avoir existé depuis le 16 è siècle, répond à la définition suivante: l'union simultanée d'un congolais avec plusieurs femmes prises pour épouses. Aux yeux d'un Mukongo, ces femmes sont vraiment des épouses"(121).

    Le père Jan Van Wing assume la pratique ecclésiale missionnaire qui consiste à former des communautés de monogames dont la plupart des membres étaient des anciens orphelins sorrtant des orphélinats que l'Eglise organisait et gerait au Kongo lors de la colonisation. Le quartier Kinsuka à la cité de kintanu a été formé de cette manière.  Jan Van Wing reprend le voeux de la troisième conférence plénière des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi auprès du Gouverneur général pour solliciter la reconnaissance légale du mariage monogamique chrétien, le traitement préferentiel des familles chrétiennes monogamiques, des communautés monogamiques issues des orphélinats gérés par l'Eglise et la coopération des entités administratives à l'expansion missionnaire et à l'amplification de la systémique monogamique chrétienne légalisée au detriment de la systémique polygamique dans le processus de l'intégration sociale des femmes et de leurs progénitures au niveau du clan de la femme, du clan du mari et de la société coloniale.

    "Il souhaite donc lui aussi que le "Gouverneur défende les droits des pères monogamiques sur leurs enfants (...), qu'il attribue un statut juridique à certaines communautés de monogames qui paraissent susceptibles de cette exception et qu'en toute rencontre il montre sa faveur aux ménages monogames"(122).

    Le dernier fait qui retient l'attention de l'abbé Mampila est celui de l'intention pastorale de Père Jan van Winq et qui transparaît dans ses recherches anthropologiques avec un style épistolaire juridique et sa découverte plurielle des formes traditionnelles du mariage Kongo à travers les médiations systémiques monogamiques, polygamiques et esclavagistes de seconde zone où les esclaves intègrent le clan du mari.

    Jan Van Wink enjoint le pouvoir colonial à donner du temps au temps à la culture traditionnelle Kongo et à la systémique plurielle des formes du mariage traditionnel Kongo pour travailler cette culture de l'interieur et promouvoir en douceur, avec patience et une stratégie préférentielle à long terme les familles monogamiques en leur accordant des assurances et des faveurs au niveau social, économique, politique, financière et culturelle. Il s'agit de poser des actes pluriels coopératifs qui permettent d'accélerer la disparition systémique d'autres formes du mariage traditionnel Kongo dont la polygamie et le mariage des esclaves grâce à l'éducation chrétienne à l'égale dignité et liberté entre hommes et femmes et à l'abolition de l'exclavage intra-systémique africain et plus précisement au sein de l'Afrique central.

    "Non seulement Van Wing invite à la patience, parce qu'il espère qu'avec le temps la conception occidentale du mariage sera acceptée en Afrique centrale, mais aussi, grâce à sa longue fréquentation des Bampangu, il est à même de discerner les valeurs positives de leurs coutumes matrimoniales. Il exhorte le pouvoir colonial de "laisser agir le temps", de ne jamais heurter la coutume. Mais les efforts doivent être faits pour dégager les bons éléments qu'elle renferme" (123). J. Van Wing a écouté son époque avec l'intention de comprendre sur le plan anthropologique notamment la culture Kongo et de contribuer efficacement en profondeur à la mission evangélisatrice dans un contexte colonial.

    Mais quel est le projet missionnaire du mariage qu'il propose à la société Kongo au regard de l'abbé André Mampila? (A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant-Curé d'Orbais.(Perwez).

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    (119) Ibid.,p.141. "Cette sympathie pour les coutumes matrimoniales des indigènes n'est pas partagée par tous les Vicaires Apostoliques. Tel est le cas, par exemple, de Mgr. Vanuytven, Vicaire Apostolique de Buta. concluant son rapport sur le mariage chrétien et la coutume indigène, il s'exprime de la manière suivante: "toutes ces pratiques démontrent, abondamment, que la coutume matrimoniale indigène est foncièrement viciée et vicieuse, et incompatible avec tout le réel progrès familial, social et religieux. Car toutes ces pratiques coutumières prouvent qu'il n'y a, dans la coutume, ni vrai sentiment conjugal et d'amour filial, ni sentiment de respect de la femme; ni alliance morale, ni stabilité" (Cf Troisième conférence plénière...,p.95). Il va de soi que la coutume de la région de l'Uele à laquelle se réfère l'auteur est différente de celle des Bakongo". Ibid.

    (120). Ibid.

    (121). J. Van WING, Études Bakongo, Sociologie-Réligion et Magie (Museum Lessianum-Section Missiologique,n.39),2é édition. Louvain, Desclée De Brouwer,1959,p.194.

    (122). Ibid.,p.142.

    (123). Abbé MAMPILA. Le projet missionnaire du mariage chretien selon J. Van WING dans Actualité et Inactualité des "Études Bakongo" du Père J. Van WING. Actes du Colloque de Mayidi du 10 au 12 avril 1980, Inkisi, Grand Séminaire, Mayidi, 1983,p.142.  Voir aussi Etudes Bakongo,p.203.

  • Les actes pluriels de validité du mariage monogamique des chrétiens:La pastorale familiale kongo pendant la colonisation.

    L'abbé André Mampila étudie le projet missionnaire du mariage chrétien selon J. Van Wing. Il part de ce constat: Le siècle de l'Eglise est sur le plan théologique le siècle de l'examen complet et approfondi de la doctrine de l'Eglise notamment sur le droit au mariage et sur le combat des droits de l'homme, des droits humanitaires, mais aussi sur la famille considérée aux regard des pères grecs et latins comme une église domestique. Plusieurs instances ecclésiastiques sont préoccupées par la question de l'avenir de la famille dans le monde contemporain. Cette question familiale a préoccupé également le Pontificat du Pape Jean-Paul II et les orientations du Synode des évêques à Rome (111). Les recherches théologiques sur l'unité des chrétiens au niveau oeucuménique et inter religieux  ont porté également sur l'approfondissement de la question familiale pour redonner toute la place aux hommes et aux femmes dans la construction du sens en vue de la croissance en humanité au sein d'une communauté humaine pleinement accomplie dans l'unité et dans la communion ecclésiale instituée au service de la mission de l'unité humaine, voir de l'humanité(112).

    Les recherches théologiques africaines sur la question de la famille devraient être les résultats des études scientifiques multidisciplinaires qui impliquent l'anthropologie, la sociologie, la théologie, la pastorale et la liturgie tout en intégrant les acquis séculaires de la réflexion ecclésiale à propos de la question du mariage et de la famille(113). Telle est la recommandation du dernier Symposium des évêques catholiques réunis à Nairobi et qu'ils donnent ou font aux Conférences épiscopales africaines.

    Pour l'abbé André Mampila, les chapitres VI et VII des Études Bakongo de Van Wing font partie de l'héritage séculaire des études déjà faite dans l'Eglise à propos de la question de la famille. Reconstituer leur préhistoire pour en proposer le projet missionnaire du mariage chrétien selon Van Wing, telle est la contribution de l'abbé Mampila à ce Colloque consacré aux Études Bakongo du révérend Père J. Van WING.  

    Quelle est la préhistoire des actes pluriels qui président aux chapitres VI et VII des Études Bakongo selon l'édition de 1959? Les Études Bakongo trouvent leur préhistoire dans le contexte colonial où le révérend Père J. Van Wing est marqué par l'amour séculaire de l'Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique qu'il sert totalement et paradoxalement l'amour du peuple Bakongo qu'il apprend à aimer à force de l'étudier sur le plan éthnologique, anthropologique, sociologique, théologique, culturel et politique.

    De manière approfondie, la préhistoire de la rencontre entre ces deux amours, celui de l'Eglise et celui du peuple Bakongo (Mukongo, Kongo) est enracinée et motivée par l'exigence de la mission qui consiste à intégrer de manière systémique le mariage monogamique chrétien et l'exigence de l'indissolubilité du mariage chrétien, religieux dans la mentalité, dans les ûs, dans les coutûmes, dans les cultures et dans la société Kongo à évangéliser avec l'appui sans faille de l'administration coloniale, en dépit des inquiétudes et des espérances de l'Eglise avant l'accession du pays à l'Indépendance politique en 1960, en amplifiant les aspects juridiques du mariage monogamique et de l'indissolubilité.

    "Aux temps de Van Wing, précise l'abbé Mampila, la question familiale a plus d'une fois figuré au programme des réunions des évêques dont notamment les assemblées plénières des ordinaires du Congo belge et du Ruanda Urundi, en 1932,1936, et 1945"(114).

    L'exigence du combat pour la reconnaissance légale par le pouvoir colonial du mariage monogamique chrétien et de l'indissolubilité de cette union entre époux est la préoccupation juridique majeure des assemblées plenières ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi en 1932,1936 et 1945. Les actes de la troisième conférence plénière de 1945 en témoignent la teneur, la profondeur, la préoccupation et les fondamentaux de ce combat juridique, canonique au détriment de l'exigence théologique argumentative dans le contexte colonial.

    "Face au pouvoir colonial, les Ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi présentent un point de vue nettement juridique qui relaye au second plan l'aspect théologique du mariage. Pour faire court, poursuit l'abbé Mampila, je voudrais me référer uniquement aux actes de la 3e conférence plénière des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi, celle qui a eu lieu du 15 juin au 8 juillet 1945, à la résidence et sous la présidence de Mgr G. Dellepiane, Délégué Apostolique à Léopoldville. Trois questions concernant le mariage figuraient à l'ordre du jour de la conférence: le mariage et la législation coloniale; le mariage chrétien et la coutume indigène et, le mariage chrétien et la polygamie"(115). Les questions du mariage chrétien, de la légalité, de la culture, des traditions africaines et de la polygamie constituent les questions fondamentales des débats de cette troisième conférence plénière des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi. 

    Les trois rapporteurs de cette conférence plénière reprennent dans leurs conclusions l'orientation fondamentale exprimée par le Délégué Apostolique à l'ouverture de la conférence à savoir reconnaître la légalité juridique du mariage monogamique chrétien et son indissolubilité comme unique forme légale pour l'administration coloniale qui ouvre des perspectives favorables au niveau social, économique, politique, culturel et religion en amplifiant la considération sociétale(116).

    A la fin de la conférence, les Ordinaires présents signeront une instance qui reprend trois demandes qu'ils adressent au Gouverneur général pour lui demander de promouvoir la légalité coloniale administrative. Ces trois demandes concernent la reconnaissance légale des mariages monogamiques chrétiens et de l'indissolubilité de l'union chrétienne conjugale; la protection des ces mariages et l'exigence de la coopération pour amplifier la pratique du mariage chrétien monogamique et indissoluble.  Les Ordinaires demandent au Gouverneur général de protéger les chrétiens qui n'ont pas contracté de mariage civil et par conséquent qui se trouvent rejetés par les compagnies qui les utilisent comme employeurs et qui refusent de leurs payer les allocations familiales. De même cette protection des unions chrétiennes monogamiques s'avère nécessaire face aux abus des coutumes matrimoniales qui écrasent les maris mais aussi ouvrent la voie à la polygamie. Les Ordinaires demandent également au Gouverneur général de permettre aux agents territoriaux d'appuyer les missions pour amplifier le mariage chrétien monogamique et l'indissolubilité de l'union conjugale par une coopération légale,publique, systématisée et instituée.

    Pour l'abbé Mampila la définition des conditions de validité du mariage monogamique chrétien et de l'indissolubilité de l'union conjugale élévés au même rang de reconnaissance légale que les mariages civils et coutumiers s'avère être le but ultime de la conférence plénière des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda-Urundi en 1945 (117). 

    "Plus d'une fois, précise-t-il, depuis 1932, les évêques sont revenus sur cette question qu'à son tour Van Wing essaie de rediscuter dans les Ch.VI et VII de son livre Études Bakongo. D'un bout à l'autre de ces deux chapitres, l'aspect juridique prend le pas sur celui de la théologie. Ce qui est un peu décevant pour le théologien"(118). Mais quelles considérations l'abbé Mampila fait-il de la lecture des ch.VI et VII des Études Bakongo? ( A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant-Curé d'Orbais(PERWEZ).

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    (111). Abbé MAMPILA André, Le projet missionnaire du mariage chrétien selon J. Van Wing dans Actualité et Inactualité des "Études Bakongo" du Père J. Van Wing. Actes du colloque de Mayidi du 10 au 12 avril 1980. Inkisi, Grand Séminaire , Mayidi, 1983,p.137.

    (112). Ibid."Voir entre autres documents:"La théologie du mariage. Les mariages mixtes. Rapport de la fédération luthérienne mondiale, de l'alliance réformée mondiale et du secrétariat pour l'unité des chrétiens" dans DC n°1736, 19 février 1978, col. 158-172. Secrétariat pour l'unité des chrétiens. Service d'information n° 36 (1978 pp.16-32. Nous avons là les conclusions de longues discussions qui ont réuni catholiques, luthériens et réformés entre 1971 et 1977.

    (113) Ibid.,p138. " Voir aussi: "Déclaration du SCEAM sur la famille dans l'Osservatore Romano du 21 novembre 1978,p.10.

    (114) Ibid.,p138-139. "La nécessité de la forme canonique pour la validité du mariage de tous les baptisés, même non croyants est l'un des problèmes les plus discutés depuis le concile Vatican II. voir à ce sujet: "Matrimonio Cristiano. Studii Biblici, Teologi e Pastorali. Nuovo Rituale (Quadermi di Revista Liturgica, Nuova serie, n°4). Turin, 1978. CH. LEFEBVRE. Les exceptions à la norme dans le domaine du droit matrimonial canonique. Evolution historique, dans Revue du droit canonique T. XXVIII (1978), n° 1, p.30-43. Dans les ch. VI et VII de son livre Van Wing ne fait aucune allusion à la foi nécessaire  à la réception fructueuse du mariage, alors qu'il traite du mariage des baptisés. Ce qui l'intéresse, c'est définir la forme canonique pour la validité de l'union des baptisés". Ibid, p.139.

    (115) Ibid.,p 139. " Voir première  et deuxième conférence plénière des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda Urundi 1932-1936, Léopoldville 19-30 octobre 1932.

    (116) Ibid.,p139. " Les rapporteurs de ces trois questions furent dans l'ordre Mgr Van den Bosch, Vicaire Apostolique de Matadi, Mgr VANUYTVEN, Vicaire Apostolique de Buta et Mgr HAEZAERT, Vicaire Apostolique du Katanga septentrional. Les trois rapporteurs reprenaient dans leurs conclusions les voeux que le Délégué Apostolique avait exprimés à l'ouverture de la conférence: "Je souhaite vivement que les études et les échanges de vue, les décisions et les voeux de notre Assemblée obtiennent du gouvernement des mesures légales précises et efficaces de reconnaissance et protection de l'union monogamique chrétienne". Ibid. Voir aussi " Première et deuxième conférence plénière des Ordinaires du Congo belge et du Ruanda Urundi 1932-1936, Léopoldville 19-30 octobre 1932,p36.

    (117) Ibid.,p140.

    (118) Ibid.