L'éducation de l'enfant Mukongo chez Van WING selon Ndundu Massamba,s.j

Pour le révérend Père Ndundu Massamba sj., selon L'oeuvre du révérend Père J. Van Wink que nous étudions,  éduquer un enfant commence par éduquer sa mère lorsque celle-ci est enceinte et cela dès la conception jusqu'à la naissance de l'enfant. Des femmes sages très agées s'occupent d'initier et d'éduquer la mère dans son expérience de mettre au monde un enfant. Dès que l'enfant est né, l'éducation est donnée à cet enfant et à sa mère jusqu'à la sortie de l'enfant pour la première fois du hutte familiale au soleil. Une autre étape de cette éducation concerne le moment fondamental où le père donne le nom à son enfant, voir impose les noms que celui-ci portera. Comme on peut le constater l'éducation traditionnelle Kongo est ponctuée des rites à différents étapes existentielles de la croissance en sens et en humanité de l'enfant , de sa mère et de son papa. Ces rites s'avèrent spéciaux dans le cas où les enfants sont des jumeaux. L'éducation de l'enfant Mukongo continue jusqu'à l'âge de puberté et est ponctuée par des rites et institutions spécifiques. Analysons les différentes étapes constitutives de l'éducation de l'enfant Mukongo dans la tradition africaine Kongo dans l'Ancien Royaume du Kongo.

I. L'éducation de la femme pendant la grossesse.

Le révérend Père Ndundu Massamba s.j analyse le chapître IX des Études Bakongo du révérend Père Van Wink (128) portant sur la grossesse, la naissance et l'éducation pour présenter la vision de l'éducation de l'enfant Mukongo au régard de Père J; Van Wink. L'éducation est un processus qui commence par les acquis de la construction en sens et de la croissance en humanité des parents eux mêmes, c'est-à-dire du père et de la mère qui se sont rencontrés et ont célébré leur mariage coutumier, civil, religieux ou non, voir ont célébré et consommé leurs rapports, leurs unions avant le mariage en donnant lieu à la grossesse et à la naissance.

Les fondamentaux de l'éducation de l'enfant à naître se jouent déjà lors de la formation du foetus et dans la manière dont durant neuf mois la grossesse se déploie à travers les médiations de la pensée, des comportements et des émotions de la femme enceinte, c'est-à-dire de l'épouse. Les fondamentaux de l'enfant à naître se déploient aussi à travers la médiation des actes pluriels mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains, des conduites, comportements, attitudes, regards, perceptions, représentations, manières d'être, de penser, de vivre, d'agir, de savoir, de savoir faire, de savoir être, de savoir devenir, de savoir souffrir, de savoir jouïr, de savoir jubiler des époux-eux-mêmes, c'est-à-dire du Père et de la Mère. Cette pluralité des actes et des savoirs des époux ou des parents contribuent à l'accueil de l'enfant à naître et à son accompagnement dans le processus décisionnel de sa maturation et de sa croissance en sens et en humanité dans une société pacifiée, économiquement fiable et utile à l'exercice de la citoyenneté responsable et au déploiement de l'emploi pour subvenir aux besoins fondamentaux, vitaux, sociétaux et culturels de la famille et de la croissance en sens et en humanité de l'enfant à naître, du bébé, de l'enfant, de l'adolescent, du jeune et de l'adulte en mettant l'humain au centre de la joie lumineuse de l'élan vital, de la force vitale intergénérationnelle, planétaire et de la vie.

Une telle approche est très loin du transhumanisme techno-scientifique dévolue à la singularité du surhomme Nietschien appliqué systémiquement dans une perspective ultra, techno-scientifique et idéologique libérale d'un impératif catégorique propulsé par l'économie du marché dans une logique de rapport de force prédominant pour la gloire de la singularité dominatrice liberée de la fragilité au profit de l'efficacité performante robbotisée en vue de l'immortalité et de l'institutionnalisation de l'exclusion de la masse au niveau intergénérationnelle et planétaire.

Pour le révérend Père Ndundu Massamba, s.j le révérend Père J. Van Wing reconnaît la place capitale et essentielle à donner à l'hygiène par la femme enceinte et ou par les femmes enceintes deux ou trois mois après l'arrêt des règles dès la grossesse. Dans la Tradition Kongo l'éducation de l'enfant à naître commence par l'éducation de sa mère à la pratique de l'hygiène et à l'observation de certaines prescriptions dès le deuxième mois et le troisième mois de la grossesse. Les vieilles femmes du village, les femmes sages et agées, accoucheuses sont celles qui leur apportent cette première éducation à l'hygiène et à l'abservance des prescriptions pour le développement harmonieux de l'enfant à naître.

Elles leur inculquent le respect de la parole normée à travers la systémique contraignante dite "kuyina n'longo", respect contraignant des interdits. "Pour éviter à l'enfant toute difformité, la future maman prendra des précautions: elle évitera par exemple la présence de tout homme difforme et s'abstiendra de la chair de tout animal qui a un vilain défaut, tels les oiseaux jaseurs: nsudi, solokoto, kikutu-kutu (l'oiseau de malheur), nkewa( le singe gris, très laid), zundu(une grenouille géante aux yeux énormes)"(129).

Le contact de la mère avec les êtres peuplant le règne minéral, végétal, aquatique, animal et humain, voir stéllaire peut influencer positivement ou négativement directement la croissance en sens et en humanité de l'enfant à naître sans oublier les influences du monde invisible, celui des ancêtres.  Ainsi l'alimentation de la femme enceinte doit elle être exigeante.

La deuxième étape de l'éducation traditionnelle de la femme enceinte consiste à accéder au rite initiatique qui le prépare à faire le choix de la modalité d'accouchement lorsqu'elle arrive à terme. En lieu et place de choisir la naissance par césarienne, qui n'existait pas et qui rélève de la techno-science et du progrès des sciences médicales et des sociétés contemporaines, la femme traditionnelle Kongo choisit d'accoucher par la systémique initiatique fétichiste "Kubuta mu nkisi" où le féticheur appelait Nganga Nkisi, Nganga nkwa mpiata offre à la femme qui veut accoucher différentes apportunités. La femme est amenée à choisir entre différents fétiches qui favorisent un accouchement réussi à travers lequel la douleur d'enfantement est transfigurée en joie lorsqu'elle met au monde et devient créatrice de l'être humain et parachève la co-création en harmonie avec la systémique des lois naturels, biologiques, physique, physiologiques, cosmiques qui répondent à une systémique harmonieuse et évolutive.

Le choix du fétiche est determiné par les exigences des traditions claniques et les circonstances de l'accouchement. Mais c'est le féticheur qui dialogue avec le fétiche pour savoir quel est le fétiche qui correspond le mieux à telle ou telle autre circonstance dans le respect de la tradition clanique. Le respect de la systémique du rite de l'initiation fétichiste propice à l'accouchement est considéré comme une expérience à vivre par la femme enceinte qui est à terme pour collaborer à la croissance en sens et en humanité de l'enfant à naître dans des bonnes conditions qui contribuent à son éducation future.

"Parmi les différents nkisi qui font naître les enfants, nous retenons comme principaux: mbudi, gumba, nzinga, nkengo yanga, kimpi, kidia kinkala, mansansa, mumpasa, yala, nkondi, nsona"(130). Avant l'accouchement, la femme traditionnelle Kongo doit se devoiler, dire tout ce qu'elle a fait de bien ou de mal devant le féticheur, c'est la confession traditionnelle. Les autres personnes ont également le droit et le devoir de l'accuser auprès du féticheur qui l'aide à mettre au monde le bébé pour tout ce qu'elle a fait de mal et qui est contraire à la tradition clanique, aux interdits, à la vie en couple et en société organisée. C'est le processus de la délation culpabilisante.

On pourrait accuser une femme enceinte qui est à terme d'être par exemple sorcière, car elle ensorcelle les gens, jette un mauvais sort à leurs plantations, à leurs bétails, à leurs progénitures... On pourrait accuser une femme enceinte qui est à terme d'être également adultère, d'avoir trompé son mari et d'être enceinte d'une autre personne alors qu'elle est mariée selon la coutume au au civil, voir selon les religions traditionnelles avec son mari.

Pour les femmes enceintes qui étaient épargnées de toute accusation et qui avaient une conduite et un comportement exemplaire mais aussi qui n'avaient jamais été traitées par et avec d'autres fétiches, le féticheur leur appliquait le fetiche appelé "Kodi di Kinzenzi" pour accoucher de façon normale. Mais que signifie ce fétiche? "Littéralement "coquille du petit cri-cri", le kodi di Kinzenzi est un gros coquillage rempli de mpemba(terre blanche), de nsadi(terre rouge), de poussière de feuille de kitundibila,(une espèce de gingembe sauvage), de pépins de courges(mbika malengi) et de poussière de kinzenzi"(131).

C'est le mari qui fait la demarche auprès du feticheur quand sa femme est à terme d'abord pour savoir le type du fetiche qui convient à l'accouchement dans telle circonstance et selon telle tradition clanique. Le feticheur interroge à son tour les différents fétiches à travers une systémique rituelle incantatoire et incantatrice où il communie avec le monde invisible et fait participer le mari de la femme enceinte dans ce saut méta-culturel, méta-éthique et métaphysique.

Dès que le féticheur reçoit la réponse ou le message du fétiche qu'il interroge, il est à mesure de prononcer l'oracle et de désigner le fétiche, c'est-à-dire le nkisi qui correspond à la circonstance selon la tradition clanique pour l'accouchement au cas par cas.

Le mari de la femme enceinte va implorer le féticheur qui détient le fétiche en question pour lui demander de l'appliquer à sa femme qui est à terme pour un accouchement harmonieux. Il paie les honoraires à ce féticheur appelé "nganga nkwa mpiata" qui va utiliser normalement le "kodi di kinzenzi" pour permettre à une femme enceinte qui a une conduite irréprochable d'accoucher harmonieusement. Le féticheur est à la fois expert, guérisseur et prêtre traditionnel qui déploie ses charismes, son expertise, ses compétences au service de l'élan vital et de la force vitale. Il contribue à la croissance en sens et en humanité de l'enfant à naître, du bébé, de l'enfant, de l'adolescent, du jeune, de l'adulte et jette les fondamentaux de son éducation harmonieuse.

Mais quel est le contenu spécifique de la portion qu'il administre à la femme qui est à terme? Où et comment prépare-t-il cette portion? Dans quel cadre systémique, rituel et initiatique pratique-t-il ce fétiche? Avec quels actes mentaux, quels actes du langage, quels gestes corporels, quelles conduites, quels comportements, quels regards, quelles perceptions, quelles représentations, quelles attitudes, quelles manières d'être, de penser, de vivre, d'agir, de souffrir, de jouïr, de jubiler, quel savoir, quel savoir faire, quel savoir être, quel savoir devenir appliquent-il ce fétiche?

Écoutons le révérend Père Ndundu Masamba nous éclairer dans sa réponse: "Dès que le Nganga arrive devant la hutte de la femme enceinte, il prépare une sorte de drogue faite de terre blanche, de farine de maïs grillé et de sel et la fait avaler à la femme et à son mari. Il agite son kodi di kinzenzi et par une prière invoque le kinzenzi à faciliter la naissance de l'enfant dans de bonnes conditions. puis lors celle-ci s'abstiendra de divers aliments, tels les pépins de courges (mbika malengi), le porc, etc. et de certaines pratiques, telles celles de ne pas s'asseoir sur la pierre de meule"(132).

La femme enceinte est appelée à respecter religieusement les prescriptions que le féticheur vient de lui faire lors du choix du fétiche qui l'accompagne jusqu'à un accouchement normal. L'éducation de la femme enceinte se poursuit durant la grossesse par le respect des interdits émis par le féticheur, par le fait d'eviter de prendre des remèdes qui peuvent provoquer l'avortement. Lorsqu'elle a des malaises ou des derangements, la femme enceinte est appelée à avoir des remèdes appropriés ou à prendre le fétiche qui lui convient sous la direction du feticheur attitré qui contribue au bien de l'enfant à naître.

L'éducation du mari lors de la grossesse de sa femme consiste à veiller sur elle pour qu'elle respecte les prescriptions du féticheur, à l'assister en cas des malaises et des dérangements pour qu'elle prenne des remèdes appropriés et au besoin des fétiches ad hoc, en évitant tout remède qui entraînerait l'avortement.

Le mari est éduqué, voir initié à comprendre qu'une femme enceinte devient à certains moments trop capricieuse et acquiert des humeurs insupportables. Elle peut avoir des désirs, des besoins, des demandes déraisonnables, voir des goûts dépravés. Le mari est éduqué et initié à accompagner sa femme enceinte qui traverse tous ces états afin d'éviter les palabres et le divorce par absence de dialogue, d'adaptation, de curiosité, de compréhension et d'accompagnement responsable.

La femme enceinte est éduquée, voir initiée à redoubler les efforts de vigilance dans ses actes mentaux, ses actes du langage, ses gestes corporels, ses actes humains, ses attitudes, regards, perceptions, représentations, conduites, comportements, manières d'être, d'avoir, de devenir, d'agir, de savoir, de savoir avoir, de savoir faire, de savoir être, de savoir devenir, de savoir souffrir, de savoir vivre, de savoir jubiler, de savoir jouïr dans la société au sixième et huitième mois afin d'eviter tout avortement.

"Au sixième et huitième mois, la femme sachant que ses mois ne sont pas complets se surveille davantage. Elle craint les accidents susceptibles d'avortement; elle s'empêche de danser, de parcourir de longues distances pour ne pas se fatiguer"(133).

L'éducation de la femme enceinte au neuvième mois consiste à lui apprendre à vivre dans la serenité tous ses actes pluriels  mentaux, ses actes du langage, ses gestes corporels, ses attitudes, regards, perceptions, représentations, conduites, comportements, manières d'être, d'avoir, de penser, de juger, d'agir, de vivre, de souffrir, de jouïr, de jubiler, de savoir, de savoir-faire, de savoir avoir, de savoir être, de savoir devenir au sein de son individualité, de sa singularité,  de la famille, du clan et de la société pour contribuer à un accouchement harmonieux qui favorise la croissance en sens et en humanité de l'enfant à naître et des parents, du clan et de la société.

"Elle (la femme enceinte) est plus ou moins tranquille au neuvième mois, car elle estime que les mois étant complets, même s'il y a accident, l'enfant naîtra viable" (133). Que se passe-t-il à la naissance de l'enfant? Qui éduque la femme lorsqu'elle expérimente le fait de mettre au monde en direct un enfant pour la première fois, voir à chaque accouchement, à chaque naissance? Pourquoi et comment se fait cette éducation expérientielle en direct? (A suivre). Père Hubert Adelain MAYITUKA  MANGANGULA. Desservant, curé d'Orbais (Perwez).

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(128) R.P VAN WING,s.J, Études Bakongo. Histoire et Sociologie. Préface par ED.DE JONCHE (Bibliothèque-Congo,n3). Bruxelles, Goemaere,1921,pp.239-264.

(129) NDUNDU  MASSAMBA,L'éducation de l'enfant Mukongo dans Actualité et inactualité des "Études Bakongo" du Père J. VAN WING. Actes du Colloque de Mayidi du 10 au 12 avril 1980. Kisantu, Inkisi, Mayidi,1983,p149.

(130). Ibid.,p.150.

(131). Ibid.

(132). Ibid.

(133). Ibid.,p.150-151.

Commentaires

  • Merci de cet article qui va approfondir mes connaissances sur la prise en charge de la grossesse en milieu Kongo.
    Célé Manianga

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