• "Les amis de Sainte Wivine d'Orbais": Réunion du 14.11.2012.

    Avant de poursuivre notre réflexion sur la vraie éducation traditionnelle dans la société Kongo, nous vous prions de lire le compte rendu de la réunion tenue à la cure d'Orbais par "Les amis de Sainte Wivine d'Orbais" le 14.11.2012. 

     

    "CRn°3 réunion du 14.11.2012 1

    Les amis de Sainte Wivine

    Assemblée du 14 novembre 2012

    Présents : Anne-Marie, Mimie, Mylène, Marie-Gabrielle, Père Hubert, Michel, Monsieur Gras, Jojo, Jean-

    Pierre, Gérard

    Excusés : Marie-France et Karin et ceux qui restent intéressés par les activités des Amis de Sainte Wivine

    D’Orbais mais n’assistent pas aux assemblées.

    1. Déficit en 2012 - remèdes :

     Subsides demandés à la commune

    Compte ouvert : IBAN : BE96 7320 2871 7105

    BIC : CREGBEBB

    Les amis de Sainte Wivine d’Orbais

    Rue Trémouroux, 107

    B-1360 ORBAIS

    Chacun peut verser ce qu’il veut ; on propose 10,00 EUR/personne pour alimenter le compte.

     Introduire une demande de subsides à la Fabrique d’Eglise : pour exercice du culte.

    Monsieur Gras suggère de prendre RV avec Mademoiselle Hélène COPIN, Trésorière. Michel et Jean-Pierre vont

    prendre RV.

     Introduire une demande de subsides auprès de l’AOP, chez Anne-Marie Wavreille.

     Proposer les collectes des messes des 24 décembre et 25 décembre pour les amis de Sainte Wivine d’Orbais.

     Goûter cougnoux le dimanche 16 décembre à 15h. A l’ancienne MRS d’Orbais, si elle est disponible.

    2. Date procession 2013 (rappel) :

    Le dimanche 23 juin 2013

    3. Goûter cougnoux :

    Le dimanche 16 décembre à 15h ou 15h30 à l’ancienne MRS d’Orbais si permission accordée par CPAS.

    PAF : - enfants < 6 ans : gratuit

    - Enfants entre 6 et 12 ans : 2,00 EUR

    - > 12 ans : 4,00 EUR

    Pour 1 cougnou (100 g), 1 tasse de café ou de chocolat ou de thé

     Dégustation de différents cougnoux ; c’est un cougnou de 100 g qui sera proposé (Prix achat : autour 1,30 EUR)

     Marie-Gabrielle voit avec Théo Gijbels si vaisselle (tasses et sous-tasses, assiettes, verres, cuillers et couteaux) du

    Kibboutz disponible pour le goûter

     Autres boissons que café et chocolat. Oui : bières et soda + grenadine.

    Achat bières : dans une grande surface de Perwez ; pas assez pour un brasseur.

     Marie-Gabrielle propose de faire des tickets : € 1,00 - € 1,50 et € 2,00. Pour ce jour-là, prévoir fonds de caisse et

    caisse(s)

     Un peu moins de 350 maisons à Orbais. Mylène se charge des invitations, qui seront distribuées par Père Hubert et

    d’autres volontaires bienvenus.

    4. Sorties de Sainte Wivine :

    Le dimanche 05 mai 2013 en matinée pour le 75ème anniversaire de la réhabilitation de la procession Saint Corneille

    à Mille : Jean-Pierre, Mylène, Marie-Gabrielle, …

    Messe à 10 h et procession à 11h

    5. Divers

    Prochaine réunion : le 05 décembre pour préparation goûter cougnoux à 19h30 à la cure ".

    Mais quel est l'état de lieux de la vraie éducation traditionnelle dans la société Kongo, dans la secte de Kimpasi? (A suivre). Père Hubert  Adelain  Mayituka  Mangangula. Desservant. Curé d' Orbais. (PERWEZ).

  • L'éducation de la femme enceinte dans la tradition Kongo dans l'ancien royaume du Kongo.

    II. L'éducation de la femme enceinte dans l'expérience de mettre au monde un enfant, un bébé.

    La naissance d'un enfant fait basculer la tranquillité de la femme enceinte, de ses amies qui l'entourent et des femmes sages qui la surveillent. Les pensées, les sentiments et les activités de la femme qui met au monde en direct un enfant sont ponctuées de douleur, d'errement, de gémissement, de mouvement, des positions, d'accroupissement pour enfanter. Ils sont ponctuées également de la mobilisation de ses amies et des femmes sages qui l'entourent, la surveillent et dont les pensées, les sentiments et les activités sont traversées des douleurs, des préoccupations pour sauver des vies humaines, celles de l'enfant à naître et de sa mère qui le met au monde. 

    Il est intéressant de comprendre les actes mentaux, les actes du langage, les gestes corporels et les actes humains que les femmes sages posent sur la femme qui est entrain de mettre au monde pour la pousser à réaliser cet enfantement. " Deux sages femmes la tiennent par les épaules et lui compriment violemment le nez. Si c'est la nuit, elles préparent des herbes sèches en guise de torche. En ce moment toutes les femmes l'excitent et l'encouragent soit par de simples paroles soit par des chants"(134).

    Le mari se tient à l'écart sauf quand la femme enceinte n'arrive pas à mettre au monde et commence à lâcher prise, à s'affoler. Les femmes amies et les femmes sages qui l'assistent en compagnie du mari deviennent violentes à son égard par des actes du langage qui le désarticulent pour l'inciter à trouver des ressources intérieures en elle-même qui lui permettent de rélèver le défi de mettre au monde un enfant. "La femme enceinte qui s'affole et ne fournit aucun effort est accablé d'injures, de menaces et par les autres femmes et par le mari"(135).

    Ce sont les sages femmes qui accueillent un nouveau-né avec des cris de joie. Ce nouveau-né vient au monde d'abord par sa tête. La première fille est mieux accueillie qu'un garçon. Le nouveau-né est déposé sur des feuilles de bananier. Le coup de fusil annonce la naissance d'une fille "Ndona", génératrice de la descendance clanique utérine. "Une femme coupe le cordon ombilical à l'aide du petit couteau du tireur de malafu"(136). Elle soignera ce plaie avec le jus d'une herbe trempé dans l'eau chaude jusqu'à la guérison du nombril, "n'kumba" nlesi. Le rite de la délivrance pratiqué par le féticheur est célébré après la naissance de l'enfant. Il s'agit d'accueillir le cordon ombilical,"mpangi babutukidi ye muana" comme un frère qui est né avec l'enfant, c'est-à-dire un" ngo" le léopard. Si le cordon n'arrive pas on suppose qu'un ndoki, c'est-à-dire un sorcier en veut à l'enfant, à sa mère et au frère né qui suit l'enfant. A ce moment on recourt à un feticheur appelé "Nganga Malanda qui lui même fait recours au fétiche appelé "Malanda" ( les suites) qui doit suivre le "ngo", ce qui suit l'enfant.

    Mais quels sont les élèments constitutifs de ce fétiche? " Le malanda est un sachet contenant de la terre blanche et de la poudre de feuilles et de plantes diverses. Par une pratique appropriée à partir de cette poudre frottée sur une corde tressée avec les tiges d'une graminée (nsonia), le féticheur pratique la délivrance"(137). Le rite de la délivrance consiste à accueillir le cordon ombilical, le ngo, le léopard, le n'lesi sur des feuilles de bananiers pour mieux l'envelopper de façon rituelle avec des cris incantatoires et jubilatoires des femmes et de tout le village afin de mieux l'enterrer avec respect, dignité, considération et communion avec les ancêtres fondateurs sur le seuil de la porte avec des noyaux de palme plein d'ingrédients. "Ces noyaux constituent une arme de défense contre les sorciers qui tenteraient de franchir le seuil de la porte"(138). 

    Le féticheur peut recourir à d'autres rites et à d'autres fétiches comme le fétiche de Yala (nkisi Yala) ou le fétiche de Nsona (nkisi Nsona) si la parturition est difficile, longue et périlleuse. Ces deux fétiches de Yala et de Nsona servent à briser le sorcier, à mettre fin à ses jours car il en veut à l'enfant, à sa mère et à son frère né en même temps que l'enfant. "Le féticheur installé dans la brousse actionne ses nkisi et leur commande de tuer le sorcier qui arrête l'enfant en chantant en l'honneur de Yala un couplet approprié. Yala est un fétiche influencé par un ancêtre Nkita, dont l'eau est le domaine. On l'invoque pour briser les bras de ndoki et libérer l'enfant afin qu'il vienne au monde. En l'honneur du fétiche Nsona, le féticheur entonne un chant approprié pour encourager la parturition. Dans ce chant l'enfant est appelé Kongo, nom de l'ancêtre éponyme de la tribu et il est présenté comme un chasseur. En effet Nkongo signifie chasseur "(139).

    Comme on peut le constater à la naissance de l'enfant, l'éducation de la mère est donnée par les femmes amies qui l'entourrent et par les femmes sages. Les jours qui suivent la naissance l'éducation de l'enfant et de la mère sont données par la médiation des rites de délivrance dont les principaux acteurs sont les feticheurs appelés "Nganga Malanda", Nganga Yala, Nganga Nsona sans ignorer la place de la sage femme guérisseure qui traite la plaie de l'enfant jusqu'à la guérison du lieu corporel à partir du quel son cordon ombilical a été coupé. La place des autres femmes amies et des femmes sages, accoucheuses qui adoptent dans certaines circonstances des actes pluriels de violence au niveau de leurs actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains, des attitudes, regards, perceptions, représentations, conduites, comportements, manières d'être, d'avoir, de savoir, de savoir faire, de savoir être, de savoir devenir, de savoir souffrir, de savoir ressentir, de savoir s'emerveiller, de savoir se questionner, de savoir jouïr, de savoir jubiler tout en assumant l'ampathie et la compassion de la douleur d'enfantement ne visent qu'un seul objectif. Lequel? Il s'agit de permettre à la femme qui a des difficultés pour mettre au monde naturellement un bébé de puiser en elle-même les ressources de la maternité harmonieuse dans une tradition où la pratique de la césarienne est inexistante.

    Dès la naissance, l'éducation du bébé commence par les soins qui sont donnés et au bébé et à sa mère par des tierces personnes. Ces soins sont donnés par quatre femmes qui représentent la communauté et les liens humains, comme pour dire qu'on a toujours besoin des autres, de leur aide en certains moments existentiels et fondateurs. Deux femmes s'occupent de l'enfant tandis que deux autres femmes s'occupent de la maman. L'enfant est déposé par la mère sur une feuille de bananier et ensuite lavé par deux femmes. L'une le tient au-dessus du vase tandis que l'autre le nettoie avec de l'eau tiède. Entretemps deux autres femmes lavent la mère avec de l'eau froide"(140).

    Le mari est éduqué à rendre visite à sa femme qui vient d'accoucher pour voir le bébé pour la première fois et à donner des cadots à sa femme (exemple: une poule) et aux sages femmes accoucheuses ( exemple: une calebasse de malafu, une poule et un grain pain de manioc). Le mari est éduqué à ne plus frequenter sa femme ni à aller chercher d'autres femmes pendant toute cette période.

    L'éducation de la femme qui vient de mettre au monde un bébé, un enfant consiste dans sa capacité d'assumer des actes pluriels de propreté, d'hygiène pour elle-même et pour le bébé. "Celle-ci (la mère) devra se laver continuellement pour se débarrasser d'une odeur désagréable appelée lufuki. Pour la même raison, l'enfant sera lavé avec de l'eau tiède. On souhaite ardemment les pleurs de l'enfant considéré comme d'heureux augures"(141).

    L'alimentation de l'enfant et de la mère contribue à leur éducation pour la croissance en sens et la construction en humanité. "L'enfant est nourri d'abord par l'allaitement jusqu'au cinquième jour appelé "nlungu" où la sage-femme lui fait avaler un peu de compote de bananes mûres et d'arachides grillées. La mère de son côté est aussi bien nourrie"(142).

    Les cérémonies spéciales sont orchestrées dans la hutte familiale pour permettre à la femme qui vient de mettre au monde de reprendre ses activités quotidiennes, villageoises, claniques et sociétales. "Quand la femme semble remise de ses fatigues, la sage-femme et les amies organisent des cérémonies spéciales dans la hutte. Elles disposent des herbes et des feuilles sur la place du foyer dégagé de ses cendres chaudes. La mère doit s'asseoir dessus et après les cérémonies elle est libre de quitter la hutte comme elle veut"(143).

    L'éducation de l'enfant qui vient de naître et qui va sortir de la hutte pour la première fois afin d'être exposé au soleil et d'être présenté au marché, lieu de rencontre et d'echange, intersocial et économique, se fait par le rite et l'art du massage de sa tête par la femme sage et par le feticheur" le Nganga", expert qui utilise la fétiche, le médicament traditionnel appelé, Nkisi Nsumbu. Le féticheur manie avec compétence et expertise ce type de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-devenir. "Quand à l'enfant, on recourt à une vieille femme experte dans l'art du massage. Elle façonne à sa guise la tête de l'enfant. Le nganga détenteur du Nkisi Nsumbu peut intervenir si le crâne de l'enfant a été crevassé. Le Nganga par son habilité et le Nkisi par sa puissance façonnent une bonne tête à l'enfant et font disparaître les crevasses"(144).

    La femme sage joue un rôle déterminant dans l'éducation du bébé pour lui apprendre à gerer ses émotions, ses pleurs ou pour affermir ses bras et ses jambes par la médiation du rite de la liane. "La sage-femme lie autour des reins de l'enfant une liane tordue (nsinga busa) pour le prévenir contre la busa, une maladie qui fait pleurer l'enfant sans raison. On prend des soins semblables pour affermir les bras et les jambes"(145).

    Dans la mentalité traditionnelle Kongo, chez le Mukongo, chez les Bakongo depuis la naissance jusqu'au jour de la sortie officielle de l'enfant de la hutte, le mari considère sa femme comme sa nièce "muana-nkasi". Il s'interdit tout rapport intime et sexuel avec elle. Il a l'obligation d'inviter le féticheur qui a traité sa femme enceinte pour pratiquer le rite d'interdiction au sein de la hutte de la nouvelle mère, rite appelé "Kukandikila nzo i muana-nkasi". En quoi consiste ce rite? "Le nganga dispose de chaque côté de la porte de jeunes branches de palmier et y ajoute des minkeni et des mabunda-bunda liés ensemble, de façon à en faire former un nzemba, bande d'étoffe qui sert à porter un enfant en bandoullière. L'ensemble s'appelle nsamu-ndala, une mise sous branche de palmier"(146).

    Le rite de la protection de la hutte de la nouvelle mère est ponctuée des interdits (bikandu), des prescriptions imposés par le féticheur et que la mère et les visiteurs doivent respecter. Ce rite est ponctué également par une poignée de terre sur lequel le mari crache et qu'il jette dans la direction où part le féticheur, le nganga. Le féticheur est payé par le mari pour ses honoraires (une poule et 3x9 perles ou barrettes de laiton).

    "L'enfant restera dans la hutte jusqu'au jour où la nganga viendra le faire sortir. Quant à la mère ses cultures sont entretenues par les compagnes à qui elle rendra à l'occasion le même service"(147).

    Le rite de la sortie de l'enfant requiert la présence du féticheur qui a émis les interdits dans la hutte de la nouvelle mère. Ce féticheur est invité par le père de l'enfant tout comme les membres du clan du mari et de la femme, les amis et les connaissances. Chacun y amène des cadeaux en proportion à ce qu'il a reçu du père de l'enfant dans les mêmes circonstances tant au niveau de la parentée, du clan, des amis et des connaissances. C'est la justice distributive. Le Père de l'enfant fixe le jour de la sortie officielle de l'enfant qui est souvent le jour de Nsona. L'acteur principal du rite de la sortie de l'enfant est le féticheur.

    "Le nganga arrive avec deux ou trois aides. Il est accueilli à l'entrée du village par des hommes que le père de l'enfant délègue avec quelques offrandes, panier d'arachides, une main de bananes et une calebasse de malafu"(148). Le rite de la sortie de l'enfant que célèbre le nganga, le feticheur a pour finalité et objectif d'éloigner les mauvais esprits du foyer. Ce rite est constitué d'abord du feu, foyer allumé par le nganga, le féticheur  en y mettant la poudre de fusil et une amorce, ensuite des mets de nkisi (bima bi nlongo) nourriture que le féticheur fait préparer aux cuisiniers qui sont tenus de garder le silence pendant qu'ils préparent ces mets. De quoi sont constitués ces mets et comment les préparent-ton?

    "On les prépare dans neuf pots différents:mpuku, des rats; makonko, des sauterelles; nzenzi, des cris-cris comestibles; nsomfi, petites anguilles; makaki, de très petits poissons; un peu de viande de porc et de chèvre; des bisambu, noix de palme et mwamba-nguba, soupe d'arachides. La poule Kilambu est préparée pour la cérémonie d'une façon spéciale: il la fait plumer vivante, puis il la coupe en morceaux et enlève soigneusement le coeur, qu'il enferme dans un petit sachet. Il l'attachera au cou de l'enfant"(149).

    Le féticheur, le nganga enlève les interdits, les prescriptions sur la hutte de la nouvelle mère après avoir exigé du père de l'enfant 9 cauris relevant des  neufs pots différents.

    Le nganga, le féticheur met fin aux interdits, aux bikandu, aux prescriptions pour délier et libérer la mère, l'enfant et son père. Il les délie, les libère par la médiation de ses actes pluriels, actes mentaux, actes du langage, gestes corporels, actes humains, attitudes, regards, perceptions, représentations, conduites, comportements, manières d'être, d'avoir, de savoir, de savoir avoir, de savoir-faire, de savoir être, de savoir devenir, de savoir souffrir, de savoir agir, de savoir vivre, de savoir jouïr, de savoir jubiler, de savoir manger, de savoir cracher, de savoir se déplace et de savoir lancé des oracles, incantations performatives.  Le nganga, le féticheur permet à la mère, au père et à l'enfant de retrouver leur liberté et leur assurance de vivre en sécurité au regard du monde visible et invisible clanique et sociétale, citoyenne par la médiation de ce rite de libération et de dénouement des noeuds fétichistes pluriels ancrés dans les interdits,le tabou,les interdictions et les préscriptions.

    "Le nganga enlève les bikandu, les interdits. Il enlève les branches de palmier et les autres sarments qu'il ira brûler à l'entrée du village avant de tirer le coup de fusil. Il revient en chantant avec toute l'assistance. Dans la hutte, il met au cou de l'enfant le petit sachet renfermant le coeur de la poule et lui entoure le poignet d'une petite liane. Enfin il invite la mère à sortir à l'extérieur avec son fils. Ils font  ensemble le tour de la hutte en chantant"(150).

    Le féticheur lève les interdits en faisant par exemple goûter à l'enfant et à la femme des aliments qui leur étaient interdits. La femme liberée peut aller se faire couper les cheveux ou traverser un croisement de chemin.

    Le rite de la sortie de l'enfant se poursuit avec la levée des interdits (bikandu) par le féticheur, le nganga mais aussi par d'autres rites comme le rite de la présentation de l'enfant, le rite de l'aspersion d'eau sur la femme, le rite d'aspersion d'eau sur l'enfant, le rite d'aspersion d'eau sur la hutte, etc. Le momentum du rite de la sortie de l'enfant est celui de la jubilation complète, c'est-à-dire de la grande fête.

    "Dès que le féticheur est parti, la grande fête commence et se termine tard dans la nuit. La femme reprend ses activités habituelles. Cependant on lui adjoint une bonne (kindesi) pour l'aider à s'occuper de l'enfant. L'enfant malade est soigné par un nganga expert qui lui fait quelques incisions sur les tempes ou sur les joues. Les cicatrices qui restent sont des tatouages."(151).

    Le rite de l'imposition des noms (le ntombola mwana) est le rite traditionnel Kongo chez le mukongo, chez le Bakongo qui donne au nouveau-né le statut de la personne considérée réellement comme enfant. "Un nouveau-né n'est pas un muana, un enfant parce qu'il lui manque un nom pour être un muana complet. Il n'est encore qu'un Kimpiatu (chenille ou chrysalide)"(152).

    Il y a trois catégories des noms. Première catégorie: les noms appelés (zina di nsansila, noms de soins ou imposés) par les sages-femmes qui soignent l'enfant et qui donnent ce nom à partir de ce qu'ils observent chez l'enfant comme par exemple un garçon qui se présente en tenant la tête (simbidi ntu mu koko), appelé Mukoko; ou une fille qui éternue dès sa naissance, apellée Nsona peuvent persister. Deuxième catégorie:les noms sont appelés zina di lubutuku, noms de naissance. "C'est un genre qui comprend l'espèce dite zina di nsansila et en outre les noms de fétiches qui ont servi à la naissance, comme Nsona, nkenge, Wumba, Yanga, Mansansa, etc"(153). La troisième catégorie: "Enfin il y a la classe de "zina di ntombola" que nous appellerions des noms véritables ou des noms officiels"(154).

    La confusion règne chez les Bakongo entre ces trois catégories de nom à savoir le zina di nsansila, le zina di lubutuku et le zina di ntombola à cause de la persistance de l'un et de l'autre ou de tous ces trois types de nom dans les noms définitifs. Le rite d'imposition des noms est different du rite de la sortie de l'enfant (kutukisa muana). Le rite de la sortie de l'enfant requiert un cérémonial complet lorsque la femme enceinte a été soignée par le féticheur, le nganga, l'expert, le guérisseur, le prêtre traditionnel à partir d'un fetiche spécifique, le nkisi ou des fétiches spécifiques, les nkisi qui servent aux naissances (nkisi mi kubutila bana).

    "Pendant le rite de la triple élévation de l'enfant par un des beaux-frères, le féticheur crie un nom de l'enfant. Ce nom a été choisi d'accord avec les parents. Ce nom restera provisoire, s'il n'y a personne qui se présente pour imposer un nom"(155). Pour imposer les noms à l'enfant qui vient de naître, les parents directs peuvent autoriser à d'autres membres de leurs parentés ou à des parrains d'imposer leurs propres noms à l'enfant en accord avec les parents biologiques avec l'obligation reciproque d'echange des cadeaux.

    Cette imposition des noms des autres membres de la parentée du père ou de la mère et même des parrains crée objectivement, réellement et efficacement d'autres liens de parenté avec le parrain et les deux partis ou avec les autres membres de la parentée paternelle et maternelle avec les deux parties, le père, la mère et leur enfant. Ces nouveaux liens créent des devoirs, des obligations, des droits et des responsabilités des uns vis à vis des autres.

    L'éducation des enfants jumeaux rélève des fondementaux des croyances et des rites spécifiques. Selon les croyances ancestrales, les enfants jumeaux viennent des très loin, des esprits des eaux ( kisimbi Ki masa) et des esprits de la savane et de la fôret ( Kisimbi ki nseke). Quelque soit leur sexe, le premier est appelé NSIMBA, le second  NZUZI. Au regard des croyances ancestrales et du mythe fondateur, la bataille est rude entre les deux avant de venir au monde. En effet deux performances se combattent: la performance pour les affaires de fetiches, nkisi et la performance pour les affaires de justice, de droit et de procès. Le premier des deux jumeaux qui vient au monde célèbre la victoire de la performance du fetiche sur la performance du procès, de la justice, du droit, du pouvoir public.

    Le pouvoir traditionnel ancestral fetichiste prédomine sur le pouvoir temporel de procès, de la justice et de la politique. Cette prédominance du pouvoir traditionnel ancestral et fétichiste est célébrée par et avec la naissance du premier des jumeaux appelé NSIMBA. Le second NZUZI garde, paradoxalement toute ses performances pour les affaires de procès, de justice, de droit, de pouvoir public. Les enfants jumeaux gardent tous deux leurs predominances dans les affaires qui leurs sont spécifiques au regard des ancêtres à travers la médiation de l'esprit des eaux (Kisimbi ki masa) et de l'esprit de la savane et de la forêt (Kisimbi ki nseke). La naissance des triplet est un cas raricime qui est entouré de beaucoup plus de mystère et qui rélève de la gestion nuctosophique de cette venue au monde et de la responsabilité collective pour assurer la survie et la vie harmonieuse de la famille avec des rites complexes reservés aux initiés de la nuctosophie. La naissance des triplets comme des jumeaux est entouré des mystères. Les gens sont tenus au respect global des interdits pour certains de leurs actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels et des actes humains au sein de la société afin de respecter ce mystère qui trouve ses fondamentaux dans la vision ancestrale du monde et du cosmos.

    "Jadis, le jour de leur naissance, les gens du village s'interdisent d'aller puiser de l'eau afin de ne pas rencontrer l'esprit des eaux (Kisimbi Ki masa) ou d'aller chercher du bois de chauffage pour ne pas rencontrer le kisimbi ki nseke, l'esprit qui habite la savane et la forêt"(156).

    La mère et les jumeaux sont appelés à respecter minitieusement des interdits alimentaires. "La mère et les jumeaux s'abstiennent de la viande de certaines bêtes pendant un certain temps"(157). Les enfants jumeaux NSIMBA et NZUZI sont sensibles à la manière dont ils sont traités équitablement par leurs parents et en l'occurence par leur mère. Le père ou la mère qui créent de la différence er de l'injustice dans le traitement des enfants jumeaux par la médiation de leurs actes pluriels paternels ou maternels, des actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains entraînent immédiatement entre les jumeaux eux-mêmes de la jalousie et une guerre sans merci qui peut se solder par la catastrophe.

    "Les jumeaux ont droit aux mêmes égards sinon l'un d'eux peut mourir de jalousie"(158). Toute une cérémonie avec un rite funeraire spécifique entourre la mort et l'enterrement d'un des jumeaux décédés en bas âge sous peine de voir l'autre jumeaux suivre dans le royaume de mort. "Le cadavre d'un des jumeaux, mort en bas âge est entouré de feuilles de bunda-bunda à l'enterrement sinon le second est exposé à mourir bientôt"(159). L'éducation de l'enfant mukongo, du Bakongo se poursuit à la puberté par des rites de puberté ou nzo-longo. Il n'y a pas d'institution spéciale d'éducation.

    L'initiation à la société ultra-secrète pour accéder dans la secte du Kimpasi par la médiation de l'art du féticheur est ce qu'on appelle initiation proprement dite. Pourquoi une telle initiation rélève-t-elle de la vraie éducation traditionnelle dans la société Kongo, chez les Bakongo dans l'Ancien Royaume du Kongo? (A suivre). Père Hubert Adelain MAYITUKA  MANGANGULA. Desservant. Curé d'Orbais (Perwez).

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    (134).ibid.,p.151.

    (135) Ibid.

    (136) Ibid.

    (137) Ibid.,p152.

    (138) Ibid.

    (139) Ibid.

    (140) Ibid.

    (141) Ibid.p152-153.

    (142) Ibid.,p153.

    (143) Ibid.

    (144) Ibid.

    (145) Ibid.

    (146) Ibid.

    (147) Ibid.

    (148) Ibid.,p154.

    (149) Ibid.

    (150) Ibid.

    (151) Ibid.,p155.

    (152) Ibid.

    (153) Ibid.

    (154) Ibid.,p154.

    (155) Ibid.,p155.

    (156) Ibid.,p156.

    (157) Ibid.

    (158) Ibid.

    (159) Ibid.