L'éducation dans la secte du KIMPASI:Fondamentaux initiatiques de la nuctosophie dans la société ultra-secrète KONGO.

L' EDUCATION DANS LA SECTE DU KIMPASI: FONDAMENTAUX INITIATIQUES DE LA NUCTOSOPHIE DANS LA SOCIETE ULTRA-SECRETE KONGO.

Dans la secte de Kimpasi, les néophytes sont initiés à l'art de féticheur, à la Kindoki, à la sorcellerie. Cette initiation à la sorcellerie où l'on accède au sanctuaire nuctosophique d'interdits, au pouvoir et à la science nuctosophique maléfique et bénéfique sur les êtres, les choses, les situations et les événements selon l'usage que l'initié en fait auprès des membres du clan et du village est une première éducation traditionnelle dans l'Ancien Royaume du Kongo.  Une telle éducation rélève de la métaphysique nuctosophique sur la vie, les choses et les êtres dans une vision du monde globale et harmonieuse entre les vivants et les morts sous la responsabilité métaphysique, nuctosophique des ancêtres, des génies, des anciens et des devins qui interagissent dans le monde visible dès qu'ils sont invoqués par les initiés par la médiation des rites celebrés par les membres de la société ultra-secrète.

La société traditionnelle Kongo a formé et éduqué ses membres jugés compétents, différents, avec une personnalité exceptionnelle aux sciences, aux techniques et à des technologies traditionnelles porteurs des savoir, de savoir faire, de savoir être et de savoir devenir notamment dans les domaines de l'armément traditionnel, de la sculpture traditionnel, de l'art traditionnel, de l'agriculture traditionnel et de la brasserie traditionnelle en exploitant aussi des palmiers producteurs des vins. C'est dans cette perspective que le révérend Père Ndundu Massamba affirme:"Il y a aussi dans l'éducation un apprentissage aux métiers de forgeron, de potier, de tisserand, de vannier et même de tireur de vin de palme"(160). C'est un homme compétent qui initie, instruit et éduque les jeunes aux métiers de forgeron, de potier, de tisserand, de vannier et de tireur de vin de palme.

Le troisième pôle de l'éducation est celui de l'histoire du clan et de la science des palabres. C'est un ancien quelconque, un chef du village ou ancien du clan qui initie, instruit, enseigne ou éduque les jeunes gens à l'histoire du clan et à la science des palabres. Le jeune qui suit l'initiation, l'instruction et l'éducation paie son instructeur, son éducateur et son initiateur pour suivre ces enseignements traditionnels.

Dans cette diversité de pôles d'enseignement, l'enseignement de l'histoire du clan et de la science des palabres, ancêtre des sciences politiques sont données de façon occasionnelle par des jeunes qui en expriment la motivation, la curiosité et le goût d'apprendre et qui présentent leurs requêtes aux vieux détenteurs de cette science et savoir historique et de l'art du palabre. Mais les vieux dispensent ces enseignements concernant l'histoire du clan et la science de palabre selon leur bon vouloir et leur propre disponibilité.

L'éducation de l'enfant Mukongo est caractérisée par l'apport essentiel de la mère qui lui exprime sa tendresse, son attention et sa protection sans faille comme une poule protège ses poussins. Le père aussi aime son enfant et s'en occupe pour accompagner sa femme jusqu'au moment où l'enfant sait de lui-même se prendre en charge. Quand la mort intervient dans la famille c'est souvent Nzambi, Dieu qui reprend les vies qu'il donne à exister avant.

La mère assume le premier rôle dans l'éducation de l'enfant qui commence par les fondamentaux de son alimentation. " La mère est constamment occupée à nourrir son enfant. Elle le gave littéralement et ne semble satisfaite que quand le petiot n'en peut plus et rend le trop plein. Des têtées autant de fois qu'il crie, jour et nuit. Après quelques mois, on donne à l'enfant de la nourriture solide, des bananes bien mûres, de la chikwange, de la soupe aux arachides"(161).

La mère continue de porter toute son attention à l'enfant tant qye celui-ci ne sait pas encore courir seul. "Aussi longtemps qu'il ne peut courir seul, le bébé est porté par sa mère presque toute la journée. La nuit il couche à ses côtés. Souvent elle le caresse, le dorlote, l'amuse comme toute mère du monde sait le faire"(162). Le Père reste attentif au bébé, à l'enfant et trouve le moment de le prendre en main et de le caresser surtout après une longue absence du toît familial pour les raisons du travail ou des palabres claniques. "Le père aussi sait cajoler son enfant, par exemple au retour d'un voyage, il le prend dans ses bras et le caresse assez gentillement. Cette habitude de caresser l'enfant dure aussi longtemps que l'allaitement. Une fois qu'ils sont sevrés, garçons et filles sont traités avec moins d'attention"(163).

L'éducation de l'enfant mukongo à l'âge de 6 ou 7 ans est celui de savoir faire qui concerne soit les femmes, si l'enfant est une fille ou les hommes si l'enfant est un garçon. La fille est éduquée aux tâches ménagères, à la préparation de la nourriture, à la tenue de la maison et aux travaux des champs."Vers l'âge de 6 ou 7 ans, quand elle couche dans "la maison des femmes", la petite fille commence à aider sa maman dans les travaux du ménage et dans les champs; elle la suit partout, et ainsi elle apprend tout ce qu'une femme mukongo sait et doit savoir"(163).

De 6 à 7 ans, l'enfant qui a du mal à obéir aux parents et surtout à la maman n'est pas frappé, ni puni avec des coups. La maman fait tout d'abord pour la gronder, ensuite le supplier et s'il n'y a pas de changement de comportement, elle le maudit. Écoutons le père NDUNDU MASSAMBA,S.J: "Si elle fait le mal ou n'obéit pas, l'enfant est grondée. Si les reproches ne suffisent pas, la mère touche la corde sensible et supplie son enfant par son "ndumbululu" ou nom de parade:"Oh, mère, femme, mère née dans la douleur". Si par exception l'enfant résiste encore, elle est assaillie d'un flot d'objurgations, de malédictions terribles. Rarement on en arrive aux coups"(164).

A 10 ans, l'éducation de l'enfant mukongo se focalise sur son développement corporel et sur sa façon de protéger ses parties intimes. "Vers l'âge de 10 ans, la jeune fille retourne à son clan. Si elle est esclave, elle reste avec sa mère jusqu'au mariage. En tout cas, elle reçoit une ceinture d'étoffe pour couvrir les seins et un pagne un peu plus large"(165).  C'est également à l'âge de 10 ans que le jeune enfant, la jeune fille, libre apprend à aller poursuivre son éducation dans son clan, chez son oncle maternel qui lui apprend les durs travaux des champs. La jeune fille esclave, elle reste à 10 ans avec sa mère car son clan c'est celui de son Père. C'est donc son papa qui l'initie aux durs travaux des champs.

L'éducation des jeunes filles agées de 10 ans est beaucoup plus serieuse. L'oncle maternel leur apprend à être coquette pour se présenter dans des lieux publics comme au marché et de tout faire pour eviter la malpropreté. C'est à dix ans que les jeunes filles son éduquées par leurs oncles maternels ou par leurs papa, si elles sont exclaves pour apprendre à se gerer en vue de seduire et de trouver plutard des maris en restant coquettes, vivantes, enthousiastes, charmantes et dignes, refusant toute malpropreté.

Le chemin  d'humanisation du garçon(petit homme sevré) à trois ans est celui de la croissance dans la lucidité, la vigilance, l'éveil et l'observation pour qu'il soit au prise avec les réalités en mettant en alerte toutes ses facultés de sens: la vue , l'ouïe, l'odorat et le touché pour communier avec la nature dans ses aspects hospitaliés et inhospitaliés tout en cherchant à le dompter dans son espace propre. Il faut reconnaître que la gymnastique demeure rude pour ce petit garçon habitué à vivre sur la hanche et le dos de sa mère et qui dort également durement sur le sol battu où il trouve sa couchette.

L'initiation et l'éducation à l'autonomie du petit garçon commence à l'âge de quatre ans où la tendance est celle de la liberté et de l'autonomie dans les possibilités qui sont offertes au petit garçon à suivre sa propre voix. "Il sait déjà faire du feu et à son propre foyer il grille des noix de palme, des chenilles et des grillons comestibles. A six ans il quitte définitivement la hutte maternelle"(166).

Ce processus d'autonomie s'accélère avec l'expérience d'apprentissage des savoir, de savoir-faire, de savoir être, de savoir devenir par la médiation de l'initiation expérientielle et de l'imitation du père en l'accompagnant dans ses actes pluriels mentaux, les actes du langage, les gestes corporels, les actes humains qui correspondent aux exigences de l'autonomie alimentaire en devenant chasseur, pêcheur pour attraper les gibiers et les poissons. Des tels actes pluriels initiatiques et expérientiels concernent également l'autonomie économique et commerciale qui permet au jeune homme d'adhérer à la logique du marché pour produire des richesses, de l'argent et de l'intérêt à partir de la loi de l'offre et de la demande en allant au marché et en devenant commerçant, vendeur ou acheteur.

Ces actes pluriels experientiels et initiatiques se poursuivent dans l'art politique de la négociation, du compromis et des palabres  qui font du jeune homme un futur grand orateur à l'écoute des points de vue différents, contradictoirs et opposés et en quête du consensus, du compromis qui permettent de gerer les conflits et de construire le vouloir vivre ensemble de manière harmonieuse. "Ce qu'il voit, entend dans ces circonstances, il le retient et tâche de l'imiter"(167).

Le jeune homme poursuit son processus d'autonomie dans les actes pluriels des loisirs où les jeux avec des filles lui permettent de croître en sens , en sagesse, en responsabilité et en humanité à travers des risques pluriels, des échecs; des joies, des morts successifs qui l'incite à adhérer à l'égale dignité dans le respect de la légalité et de la différence pour une considération harmonieuse des filles et de leur autonomie privée et collective.

De 6 à 9 ans, le savoir, le savoir-faire, le savoir être, le savoir devenir du jeune garçon se consolident et se construisent dans des actes pluriels mentaux, dans les actes du langage, dans les gestes corporels, dans les actes humains qui promeuvent la chasse, la fabrication des outils de chasse, la connaissance des différentes espèces comestibles et non comestibles, la fabrication des pièges et des lacets, grâce à la connaissance de la valeur et de l'usage des lianes; la préparation du gibier (fruit de la chasse, la vente du gibier au marché pour avoir de l'argent, l'investissement de cet argent dans l'achat des friandises ou d'un couteau.

"Quand il a son couteau, il est presque un grand jeune homme. Il se taille des bâtons, fabrique de nouveaux pièges, creuse des arbres, où il trouve de grasses larves de coléoptères, il ouvre des nids de termites comestibles. Mais à mesure qu'il grandit, son père l'emploie davantage pour faire des courses et porter des charges au marché"(168). 

Le processus d'autonomisation se poursuit à l'âge de 10 ans en changeant de lieu et d'espace initiatique et expérientiel. L'enfant est envoyé au clan de sa mère et est appelé NLEKI, sujet de l'oncle maternel. L'esclave demeure sujet de la maison du Père et est appelé NLEKE.  Tous ces jeunes garçons, NLEKI ou NLEKE sont mis au rude épreuve de la même manière pour apprendre la dureté de la vie en étant exploités pour des services lourds, les travaux, le commerce afin de réaliser uniquement la volonté clanique de l'oncle maternel ou celui de la maison du Père.

Le processus d'autonomisation de NLEKI ou NLEKE atteint la phase critique avec le surgissement de la capacité et de la possibilité d'engendrer. C'est en mettant au monde un enfant que tout NLELI ou NLEKE accède à la maturité et devient un adulte, même au stade précoce et est sensé et obligé d'assumer son nouvel état avec les responsabilités que cela implique. " En effet Mbuta vient de kubuta, engendrer. L'enfant devenu mbuta est tout heureux et fier. Il n'est nullement troublé. Le lendemain, tous ses camarades connaîtront l'événement; et même s'il ne s'en vante pas devant eux, il le sauront bientôt. Car ils s'observent attentivement entre eux. Le jeune homme sent un grand changement dans sa vie. Il est moins maniable entre les mains des anciens. Il se dispute facilement; il a des excès de colère et de tristesse"(169).

De douze à seize ans, les jeunes s'observent, travaillent, rencontrent des filles, les courtisent, se bagarent pour elles et sont parfois jugés par des anciens qui interviennent quand tout dégènere et entraîne des conséquences graves. Les coupables sont rudement sanctionnés. "L'ancien intervient, morigène, parfois il frappe, verse du poivre dans les yeux du délinquant ou le fait mettre aux entraves. Les palabres plus grosses sont portées au tribunal du chef et ont des conséquences assez graves"(170).

Le rite initiatique pour la croissance en sens, en humanité, en spiritualité, en vie religieuse, sociétale, clanique et citoyenne est le rite de la puberté reservé aux jeunes de 12 à 16 ans sous la responsabilité d'un vieux féticheur. "Sous la surveillance d'un vieux féticheur, ils se retirent dans un enclos, à proximité ou au milieu d'un bois, en dehors de tout commerce avec les habitants du village. Ils sont circoncis, soumis à des rites de toute sorte et initiés plus particulièrement à la vie religieuse et sociale du clan"(170).

Le rite de la puberté tout comme le rite de KIMPASI durent dix mois pendant lesquels les jeunes sont mis à l'écart de la société et vivent une rude initiation pour la croissance en sens, en humanité, en sociabilité clanique et citoyenne pour renaître dans le clan et dans la société comme des personnes adultes, mûres, responsables, visionnaires pour le bien personnel, familial, clanique, communautaire et sociétal.

"Au bout d'une dizaine de mois, les initiés reviennent au village, comme des hommes nouveaux avec un nouveau nom. Ils sont préparés au mariage. Pour y arriver, ils doivent travailler, satisfaire leur oncle afin d'obtenir de lui ses bons offices pour négocier l'affaire avec les possesseurs de la femme ainsi que la somme d'argent et les cadeaux requis. Ils préparent ce premier établissement en se construisant une belle hutte; et en rêve ils s'en construisent encore d'autres pour les femmes qu'ils espèrent s'adjoindre et qui feront l'honneur et la force de leur lumbu (harem) futur".(171).

La tradition Kongo, dans l'Ancien Royaume du Kongo, chez les BAKONGO, reconnaît la présence des exceptions, des différences et des personnalités fortes qui se construisent elles-mêmes dans leur autonomie tout en restant respectueux et ouverts aux traditions ancestrales et claniques. Des telles personnalités morales fortes bousculent ces traditions ancestrales et claniques et prennent des risques grâce à l'ouverture et à l'accueil de l'inattendu et de l'imprévisible, dans l'exercice de la liberté de qualité et surtout en exerçant l'imagination créatrice par la médiation de l'attestation des actes pluriels mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains fortement lucides, responsables, réalistes, prophétiques, visionnaires, méta-éthiques, métaphysiques et théologiques qui contribuent à la construction anthropologico- politico-économico-socio-culturelle, ecclésiale et religieuse du sens pour grandir en humanité dans une interdépendance planétaire, mondiale.

Des personnalités exceptionnelles brisent la mentalité du nivellement, du conformisme, de la jalousie, de la kindoki, sorcellerie, du ressemblance au modèle clanique, ancestral perpetré par les Ba Mbuta, les aînés, avec un contrôle clanico-sociétal de proximité qui frise l'exclavagisme, l'exploitation dictatoriale, totalitaire et fasciste.

"Telle mère, telle fille, dit un proverbe Kongo. Tel mbuta, tel nleke, dit un autre proverbe. Il ya des exceptions, il y a des différences individuelles, il y a parfois des personnalités. Mais en règle générale la société Kongo forme tous ses membres à son modèle et à sa ressemblance. Et toute éducation s'élabore par des chants, des proverbes, des fables, des devinettes. Muana nkongo banlongilanga mu nkunga ye mu bingana. On éduque l'enfant mukongo par des chants et des proverbes."(171).

Et que dire de la structure onto-théologique de la société Kongo en confrontation avec l'univers moral Kongo relevant le défi des actes pluriels du langage par la médiation de la parole et des actes de Kimpasi qui amplifient la quintescence de la personnalité modale mukongo au regard " des Etudes BAKONGO" du Père VAN WING ? ( A suivre). Père Hubert Adelain MAYITUKA MANGANGULA. Desservant. Curé d'Orbais.(PERWEZ).

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(160) Ibid.,p156.

(161).  Ibid.,p157.

(162). Ibid.

(163). Ibid.

(164). Ibid.,p158.

(165). Ibid.

(166). Ibid.

(167). Ibid.,p159.

(168). Ibid.

(169). Ibid.,p159-160.

(170). Ibid.,p160.

(171). Ibid.

(172). Ibid.

(173). Ibid.

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