Le monde des esprits dans la société traditionnelle KONGO chez les BAKONGO.

L'univers métaphysique et méta-culturel Mukongo, Bakongo est composé de la classe des êtres constitutive du monde des esprits parmi lesquels on peut distinguer les bakulu, les matebo, les nkita ou bankita et les bisimbi (187). Les matebo sont des esprits exclus et proscrits du Royaume souterrain des ancêtres à cause de leur extrême mechanceté des hommes ou femmes qu'ils furent de leur vivant et qui errent partout pour semer les maladies, la mort, les insuccès, la mauvaise fortune lorsqu'ils apparaissent chez les survivants. Certains féticheurs aguerris, peuvent capturer un esprit tebo et l'investir de ses fétiches pour rendre ceux-ci beaucoup plus dangereux. Les bisimbi sont des esprits qui habitent dans l'eau (bisimbi bi masa) ou sur les savanes, les fôrets, les montagnes (bisimbi bi nseki). Les esprits qui se cachent sous l'eau, sous les pierres et sous les racines peuvent provoquer des maladies atroces à ceux qui entrent en contact avec eux par imprudence soit en les foulant au pieds, soit en prenant le bain dans l'eau ou en traversant une rivière.

Il y a des nganga, des guérisseurs qui arrivent à capturer les esprits de bisimbi et à les enfermer dans leurs propres fétiches pour donner à ceux-ci une performance bénéfique ou maléfique selon l'usage et l'objectif poursuivi par le féticheur lui-même à savoir bénir, sauver une vie ou semer la mort de l'autre, voir la malchance, la malédiction. Il est admis que les méchants deviennent à la mort des matebos car ils sont exclus du royaume souterrain des bakulu (ancêtres et vont errer partout). Les hommes qui ont subi une mort violente pour leurs actes de bravoure deviennent des esprits appelés NKITA ou BANKITA. " Ce sont des ancêtres-héros du commencement qui ont qui ont péri par la guerre, l'assassinat ou le suicide. Certains disent que ce sont des hommes morts deux fois: la première, ils n'ont pas été accueillie chez les bakulu; ils ont alors erré comme les matebo et à leur deuxième mort, ils sont devenus des nkita (188).

Les matebo qui apparaissent sous une forme humaine ont une force, un pouvoir et une puissance destructrice et mortifère qui dépasse le pouvoir destructeur des BANKITA ou des NKITA qui prennent eux la forme animale pour apparaître aux hommes dans les eaux, la savane, la foret, la montagne, dans les villages et dans la société comme par exemple la chauve-souris, les hirondelles... Le rituel fétichiste des Nganga nlaba (nlaba est une calebasse contenant le Nkisi employé à cette fin pour augmenter la puissance des fétiches dans leur force de guérison ou de destruction... La cérémonie rituelle fétichiste consistant à lever les pierres dans l'eau pour apprivoiser les esprits des ancêtres qui s'y incarnent permet d'apprivoiser les esprits de NKITA ou des BANKITA.

D'autres sortes d'esprit appelé Kiniumba, kinkindibidi, nkwiya sont moins dangereux et n'ont aucune influence sur les fétiches. Les esprits sont liés aux eaux ou cherchent à vivre à proximité des eaux ou dans les forêts. "Les matebo construisent leurs huttes dans le bois près des sources ou des ruisseaux; les bisimbi des eaux habitent de préférence près des sources, des étangs et des ruisseaux et les forêts vierges et les rivières sont le domaine des bankita" (189).

Les nkisi ont un lien structurel et systémique avec les esprits car ils sont des lieux de captation des âmes des défunts qui amplifient leur pouvoir bénéfique ou maléfique pour agir sur ceux et celles à qui ils sont dédiés ou utilisés. Il est important de souligner que les esprits sont des êtres spécifiques d'une classe surdeterminée, meta-physique et meta-culturel, voir méta-éthique des êtres habitant l'univers culturel Kongo. Mais dans l'hierarchie des êtres surdéterminés de la métaphysique Kongo, les Bakulu, les ancêtres constituent la préeminence systémique du pouvoir clanique détenu par les défunts du clan au sein du monde visible et invisible. "Ils sont les maîtres de leurs descendants, les vrais propriétaires du sol clanique. Parce que le clan constitue une unité permanente depuis le moment de sa formation, les Bakulu sont liés aux vivants. Invisibles, ils restent néanmoins présents, ils disposent du pouvoir de favoriser ou de contrarier les projets de leurs descendants, ils participent à leurs entreprises"(190).

L'implication systémique des Bakulu dans la vie réelle des vivants consiste dans leurs pouvoirs systémiques d'amplifier les chances de vie, d'augmenter la natalité de leurs descendants et de pourvoir à leur bien être matériel, spirituel, humain, sociétal, économique, politique en assurant leur securité notamment alimentaire, vitale mais surtout l'accumulation des richesses. " C'est d'eux que dépend la vie du clan; c'est grâce à eux que les femmes conçoivent et enfantent, que l'élevage prospère, que les terres donnent des récoltes, que les palmiers produisent du vin, que les forêts et brousses livrent du gibier, que ruisseaux et étangs fournissent du poisson. Ils font vivre leurs descendants et ils combattent les agents de mort, les esprits malfaisants et les ndoki qu'ils empêchent d'exercer leur puissance destructrice"(191).

Dans la lignée des commencements des êtres, les Bakulu sont proches de Dieu, Nzambi Mpungu et tirent de lui la systémique procedurale génératrice de l'autonomie, de la force, de la puissance et du pouvoir pluriel bénéfique sur leurs descendants et sur leurs environnement humain, familial, clanique, sociétal, politique, culturel et economique. Les Bakulu agissent sur les survivants par la médiation de l'amplification harmonieuse et pacifiée, efficace et performante de la pluralité des actes des descendants, c'est-à-dire des actes mentaux, des actes du langage, des gestes corporels, des actes humains, des attitudes, regards, perceptions, représentations, manières d'être, de penser, de vivre, d'agir, de témoigner, de souffrir, de jouir et de jubiler à partir de leurs savoirs pluriels, c'est-à-dire de leurs savoirs, savoir-faire, savoir-être et savoir-devenir.

"Toutefois, cette autonomie et puissance des ancêtres n'est pas absolue. Car au-dessus d'eux, comme au dessus de toutes choses, règne NZambi Mpungu, le Dieu tout-puissant, Créateur de l'Univers visible et invisible" (192).

La métaphysique onto-théologique Kongo révèle chez les Bakongo  des savoir, savoir-faire, savoir être et savoir devenir portant sur l'élaboration systémique, structurelle, conceptuelle et pratique de l'idée de Dieu, Nzambi Mpungu, l'Etre Suprême, Tout Puissant, Créateur qui est au commencement de tous les etres, de tous les esprits, de toutes choses, de toutes les situations, de tous les événements du monde visible et invisible. Cette élaboration systémique plurielle de l'idée de Dieu se concrétise par la médiation de la pluralité des actes des Bakongo, c'est-à-dire de leurs actes mentaux, de leurs actes du langage, de leurs gestes corporels, de leurs actes humains, de leurs attitudes, regards, perceptions, représentations, manières de croire, de célébrer, de vivre, d'être, de penser, d'agir, de souffrir, de jouïr et de jubiler. Le lien systémique conceptuel et pratique entre Dieu, Nzambi et Mpungu, Suprême fétiche toute puissante manifeste chez les Bakongo la quintescence de la nature même de Dieu vénéré dans ses attributs dont la suprême qualité est celle de la toute puissance génératrice des bénédictions, des biens, de vie, bref de la Transcendance de la surabondance du DON.

"Nzambi Mpungu désigne l'Etre suprême, la toute-puissance créatrice. Le terme Mpungu est aussi le nom générique de toute une classe spéciale de fétiches avant tout protecteurs et habités par l'esprit d'un ancêtre; comme épithète, il signifie " le plus haut", le plus grand, le plus distingué, lorsqu'il est rapporté à Nzambi, il précise que ce dernier possède toutes les qualités au plus haut degré, qu'il doit être identifié à la toute puissance créatrice et à la liberté"(193).

La révélation historique de Dieu en Jésus-Christ trouverait ses pierres d'attente Kongo dans l'idée et la vénération, la croyance, la célébration et la vie Kongo en, par et pour Dieu, Nzambi Mpungu. De Dieu Nzambi Mpungu dépendent l'hierarchie systémique des tous les etres, des esprits, de l'homme, des choses et du monde crée en vertu de sa toute puissance créatrice. Cette conviction est paradoxalement et systémiquement un acte de foi célébré et veçu dans l'univers traditionnel Kongo et détermine l'orientation fondamentale des actes pluriels des pensées, du langage, des gestes corporels, des actes humains, des attitudes, regards, perceptions, représentations, savoirs, savoir-faire, savoir-être, savoir-devenir; manières d'être, de penser, d'agir, de vivre, de souffrir, de jouïr et de jubiler du mukongo, des Bakongo dans l'Ancien Royaume du Kongo.

La transcendance et la primauté de Dieu, Nzambi dans l'histoire, la vie et  le monde marque l'inaccessibilité du Dieu Transcendant et la proximité de ce Dieu transcendant par les mediations accessibles de la systémique hierarchique des etres appelés les Bakulu sans renier l'activité bénéfique ou maléfique notamment des autres classes d'esprits, c'est-à-dire des âmes des defunts appelés Matebo, Bisimbi et Nkital capturés dans les fétiches qui les incarnent pour produire des effets bénéfiques ou maléfiques à impact concret et visible sur les membres des familles, des clans, des tribus, des villages, des groupements, des secteurs et de la société toute entière.

Le culte des ancêtres rapprochent les Bakongo de Dieu inaccessible tandis que les pratiques initiatiques et realistes des Nkisi dans lesquels agissent les âmes défunts des matebo, de bisimbi et de nkita relèveraient de la magie sans ignorer que Dieu a permit aux hommes de découvrir et d'inventer les nkisi pour se protéger et promouvoir la culture de la vie contre la culture de la mort, même su la distorsion de sens et la manipulation des nkisi peut avoir comme visée de semer la malediction, la mort, la désolation. " Dieu est hors de l'emprise des hommes. La seule action possible sur le sacré s'exerce sur les ancêtres et sur les forces dont les Nkisi sont les supports. ... Nzambi étant la cause de tout, les nkisi aussi lui doivent leur première origine" '194). Et que dit le révérend Père Van Wing sur la conception de Dieu Transcendant, tout Puissant ?

"Nzambi n'est pas de la catégorie des êtres qu'on représente, dont on a une connaissance expérimentale(...). Nzambi est unique, séparé de tout le reste, invisible et cependant vivant, agissant souverainement, indépendant, insaisissable et inabordable, et cependant dirigeant les hommes et les choses de tout près et avec une absolue efficacité" (195).

La vision du mukongo, de Bakongo est celle de la force vitale amplifiée au sein de la Création toute entière, elle-même vivante qui met l'univers en perpétuelle action à partir du moment où la vie continue parfois autrement en trouvant une autre place dans la systémique de l'univers toujours en procès, en activité, en vie. La systémique vitaliste puissante et forte mais dynamique et transformatrice des etres, des choses, des vivants et des survivants, voir de l'Univers trouve ses médiations visibles dans l'apparition phénoménologique des etres hierarchisés de manière systémique à savoir les Bakulu, les Bisimbi, les Nkita et les Matebo et dans les choses artificielles vivifiées par la force systémique capturée dans son usage bénéfique ou maléfique par la médiation des fétiches, les nkisi. Mais comment l'amplification de la force vitale qui coule dans la systémique hiérarchique des êtres et dans la capture bénéfique ou maléfique des esprits dans les fétiches détermine ou surdétermine l'univers moral Kongo au point de donner une place préponderante à la prise de la parole publique qui signe la maturité responsable de l'engagement sociétal tout en se référant au rite initiatique de Kimpasi pour amplifier les savoirs, les savoir-faire, le savoir-être et le savoir-devenir nuctosophiques en vue d'augmenter la puissance et le pouvoir pour un vivre lumineux, promoteur de la culture de la vie ou basculant dans les ténêbres de la culture de la mort, de la haine, du mépris et de division? ( A suivre). Père Hubert Adelain Mayituka Mangangula. Desservant. Curé d'Orbais. (PERWEZ).

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(187). Indi.,p.168.

(188). Ibid.,p.170.

(189). Ibid.,p.171.

(190). Ibid.,p.172.

(191). Ibid.

(192). Ibid.,p.173.

(193). Ibid.,p.173. Voir également "K.E. LAMAN, Dictionnaire Kikongo-Français. Avec une étude phonétique décrivant les dialectes les plus importants de la langue dite Kikongo (Institut Royal Colonial Belge-Section des Sciences morales et politiques, t.II). Bruxelles, Van Campenhaut, 1936". Voir aussi: G. BALANDIER, La vie quotidienne au royaume Kongo du XVIe au XVIII e siècle, (Paris), Hachette, 1965,p248.

(194). NGIMBI NSEKA, Structure "onto-théologique" de la société Kongo dans Actualité et inactualité des "Etudes Bakongo" du Père J. VAN WING. Actes du Colloque de Mayidi du 10 au 12 avril 1980. p.174.

(195). VAN WING, Études Bakongo,II. Religion et magie. Extrait des Mémoires publiés par l'Institut Royal Colonial Belge (Section des Sciences morales et politiques,t.IX), 1938,pp.35-36.

Commentaires

  • BONJOUR JE TOUT COMPRIS DES EXPLICATION CLAIRE, ALORS JE VAIS EN SAVOIR PLUS LES ENSEIGNEMENT

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