"Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte" (Luc4,8)//Dt6,13

Pour mieux saisir la signification symbolique du récit des tentations, je vais réexaminer les trois tentations  qui donnent à penser aux exigences des besoins fondamentaux humains d'avoir, de pouvoir et de valoir dans une logique criminogène du déni de la liberté, de la dignité de l'autre, le plus fragile. " Il est écrit: Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme" Dt8,3 // Ex16. //Mt4,4; Jn4,34." Il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte"(Luc4,8).//Dt6,13 " Il est dit: Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" Luc 4,12. //Dt 6,16

De quoi s'agit-il dans l'épreuve du désert dans le livre du Deutéronome 8 ? En contraste avec les prophètes qui considéraient le séjour au désert comme une époque idéale, ct. Os2,16+? Le Deutéronome présente ici les 40 ans comme une épreuve, f. déjà 4,35. Le rédacteur sacerdotal de Nb14,26-35 en fera un châtiment. Pour le Deutéronome les tentations de Jésus  reprennent l'expérience des tentations de la Terre promise Dt8,7-20. La réponse de Jésus à la première tentation est un extrait du Dt8,3//Ex16;//Mt4,4; Jn4,34: Qu'est ça veut dire? voici la réponse: " Yahvé, qui peut tout créer par sa parole, fait vivre les Israélites par les commandements (miçwah) qui sortent (moça ) de sa bouche. -Sur ce texte, repris par Mt4,4p; voir Am8,11; Ne 9,29; Pr9,1-5; Sg16,26;Si24,19-21;Jn6,30-36;68+

La deuxième réponse de Jésus à la deuxième tentation est une confirmation cohérente à l'appel de l'amour de Yahvé qui est l'essence de la Loi, selon la religion deutéronomique. " C'est Yahvé ton Dieu que tu craindras, lui que tu serviras, c'est par son nom que tu jureras" (Dt6,13)// Mt4,10p. Cette crainte c'est la fidélité à l'alliance Ex20,20+ qui comporte à la fois un amour qui répond à celui de Dieu 4,37 et une obéissance absolue à tout ce que Dieu commande Dt6,2-5;10,12-15;cf.Gn22,12. Le contenu religieux et moral de cette crainte ira sans cesse en s'affinant, Jos 24,14; 1R18,3,12;2R4,1;Pr1,7+;Is11,2;Jr32,39,etc

En redisant Dt6,13, Jésus affirme le monothéisme biblique. Au long de l'histoire d'Israël, cette foi en un Dieu unique n'a cessé de se dégager, avec une précision croissante, de la foi en l'élection et l'alliance Gn6,18;12,15;15,1+ etc. L'existence d'autres dieux n'a jamais été expressément affirmé aux temps anciens, mais de plus en plus l'affirmation du Dieu vivant 5,26+, seul maître du monde comme de son peuple, Ex3,14;1R8,56-60;18,21;2R19,15-19;Si1,8-9;Am4,13;5,8;Is42,8+;Za14,9;Mi1,11, s'est doublé d'une négation systématique des faux dieux, Sg13,10+;14,13;Is40,20+;41,21+. Lorsque Jésus cite Deutéronome 6,13 pour affirmer qu'il garde et met en pratique les commandements, les lois et les coutumes de Jahvé et que Satan ne peut le détourner de cette mission, il réaffirme la foi deutéronomique: "Ecoute, Israël: Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton cœur" (Dt6,4-6)//4,3; Mt22,37p; Dt10,2.

"L'amour de Dieu n'est pas proposé au choix. C'est un commandement. Cet amour qui répond à l'amour de Dieu pour son peuple 4,37; 7,8;10,15, inclut la crainte de Dieu, l'obligation de son service et l'observance de ses préceptes, ici v.13; 10,12-13; 11,1; Cf 30,2. Ce commandement d'amour ne se trouve pas explicitement en dehors du Deutéronome, mais l'équivalent est donné par 2R23,25 et par Os6,6. A défaut de précepte, le sentiment de l'amour envers Dieu traverse les livres prophétiques, surtout Osée et Jérémie et les Psaumes. Jésus, citant Dt6,5, donnera comme le plus grand commandement l'amour de Dieu, Mt22,37p, un amour qui s'allie à la crainte filiale mais exclut la crainte servile, 1Jn4,18.

La troisième réponse de Jésus à la troisième tentation est issue du Dt 6, 16 pour affirmer l'exigence et la cohérence de la fidélité comme réponse à l'appel de Dieu, c'est-à-dire comme une manière de répondre généreusement à cet appel de façon exclusivement fidèle. "Vous ne mettrez pas Yahvé votre Dieu à l'épreuve, comme vous l'avez mis à l'épreuve à Massa" (Dt6,16)//Mt4,7p; Ex17,1-7;Nb20,2-13; à Massa le peuple  d'Israël mis Dieu à l'épreuve; A  Meriba, le peuple d'Israël s'engagea dans "la contestation de Dieu et de Moïse "Yahvé est-il au milieu de nous, ou non?" (Ex17,7)//Nb20,24;Dt6,16;9,22;32,51;33,8;Ps95,8;106,32

Les chrétiens que nous sommes devons avoir une triple confiance ou une confiance plurielle exclusive:

1- à l'efficacité de la Parole de Dieu, c'est-à-dire de ses promesses dans nos cœurs, dans nos vies, dans nos familles, dans nos paroisses, dans la société et dans le monde, dans notre sphère privée et publique.

2-à l'initiative souveraine de l'appel de Dieu c'est-à-dire de son amour, de sa fidélité, de sa loi et dans son alliance exclusive envers l'humanité toute entière, envers notre maison commune et envers la Création visible et invisible.

3- à notre réponse individuelle, personnelle, familiale, collective, ecclésiale fidèle, obéissante et exclusive à l'appel de Dieu.

Cette confiance plurielle dans l'efficacité de la Parole de Dieu, dans l'appel de Dieu et dans notre réponse immédiate, généreuse, fidèle, joyeuse, obéissante et exclusive à Dieu est la quintessence existentielle et spirituelle de notre capacité et de notre manière de traverser les tentations et la faillibilité anthropologique avec une foi inébranlable et combative pleine d'espérance, de charité et de miséricorde.

HUBERT MAYITUKA.

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